Quelles sont les armes dont dispose l’Europe pour se défendre contre les nouveaux droits de douane de Trump, qui s’élèvent à 25 % et visent à annexer le Groenland ? D’une part, des contre-droits de douane pour un montant de 93 milliards, comme l’a déjà annoncé l’UE. D’autre part, beaucoup plus puissante, l’arme financière dont disposent Bruxelles et Londres. Car le Royaume-Uni a également été menacé de 25 % toujours à cause du Groenland.

La puissance financière de l’Europe

Le ministre français de la Défense, M. Jean Noel Barrot, a souligné que « si certains semblent l’avoir oublié aujourd’hui, rappelons-nous que les États-Unis ont un besoin vital de l’Europe ». La force de l’Europe réside dans sa puissance financière, a rappelé M. Barrot : « Les grandes entreprises numériques génèrent un quart du chiffre d’affaires et probablement la moitié des bénéfices en Europe. Les pays de la zone euro détiennent 3 000 milliards d’euros d’actifs de plus que les Américains en Europe ». Ce fait a conduit les analystes à réfléchir à la puissance de cette arme financière dont dispose l’Europe.

Selon une analyse du quotidien britannique, il s’agit de 12 600 milliards de dollars d’actifs totaux en portefeuille pour les pays européens de l’OTAN (Royaume-Uni compris), dont 2 840 milliards de bons du Trésor américain. Rien que le mardi 20 janvier, le rendement des obligations du Trésor américain est passé de 4,22 % à l’ouverture des marchés asiatiques à 4,286 % à 9h20, heure française, le rendement augmentant rapidement tandis que le prix baissait. Cela indique que les marchés vendent les obligations américaines.

Comme l’écrit George Saravelos, stratège en chef du Forex chez Deutsche Bank, « l’Europe possède le Groenland, mais elle possède également une grande quantité de bons du Trésor américain… Malgré leur puissance militaire et économique, les États-Unis présentent une faiblesse structurelle : ils dépendent des autres pour financer leurs comptes grâce à un déficit important détenu par des investisseurs étrangers ». En ce sens, l’Europe est le principal créancier des États-Unis : les pays européens « détiennent 8 000 milliards de dollars d’obligations et d’actions américaines, soit près du double du reste du monde réuni ».

Selon les calculs du journal, qui cite les données de la Réserve fédérale, la valeur totale de tous les actifs financiers américains détenus par les pays européens de l’OTAN s’élève en réalité à 12 600 milliards de dollars, au lieu des 8 000 milliards indiqués par la Deutsche Bank.

Les fonds de pension danois ont déjà vendu

Les fonds de pension danois ont été parmi les premiers, dès le début de l’année dernière, à rapatrier des capitaux et à réduire leur exposition au dollar. Il y a quelques jours à peine, le géant américain Pimco (contrôlé par l’allemand Allianz) a averti que le moment était venu de diversifier les actifs américains et de se tourner davantage vers les actifs européens.

Aujourd’hui, la « position patrimoniale nette des États-Unis se trouve à des niveaux négatifs records, l’interdépendance entre les marchés financiers européens et américains n’a jamais été aussi forte. Ce serait l’instrumentalisation des capitaux, plus que les flux commerciaux, qui serait de loin la plus perturbatrice pour les marchés », notent les commentateurs.

Comme on l’a vu, les pays européens de l’OTAN détiennent à eux seuls 2 800 milliards de dollars de bons du Trésor américain, qui passent à 3 300 milliards si l’on inclut le Canada : un chiffre même supérieur aux réserves officielles de la Chine, dont le stock de bons du Trésor est depuis longtemps considéré comme une arme géopolitique potentielle puissante.

Comment pourrait-on forcer une vente ?

Il convient toutefois de rappeler que la plupart de ces actifs ne sont pas détenus par les gouvernements européens (à l’exception du fonds souverain norvégien), mais qu’il s’agit d’épargne gérée. Cependant, de nombreux investisseurs institutionnels pourraient déjà réduire progressivement leur exposition aux États-Unis, comme nous l’avons observé avec Pimco, et pourraient être sensibles à une forme de « persuasion morale » de la part de leurs gouvernements respectifs.

Il convient également de noter que les banques et les investisseurs européens, qui détiennent de nombreux bons du Trésor, risquent un contrecoup s’ils vendent massivement des obligations du Trésor, ce qui entraînerait une baisse des prix. Par conséquent, un éventuel rapatriement à grande échelle des capitaux devrait être lent, méthodique et à long terme afin d’éviter une trop forte baisse du dollar et une flambée de l’euro. Un tel mouvement pourrait à lui seul entraîner une baisse importante du PIB de nombreuses économies européennes.

Cependant, la Deutsche Bank estime qu’une action « officielle » de la part de l’Europe ne serait pas nécessairement nécessaire pour exercer une pression sur les États-Unis : la combinaison de la prudence croissante des investisseurs et du besoin constant de l’Amérique de nouveaux capitaux pour financer son déficit pourrait suffire à forcer un changement. Il suffirait que les investisseurs institutionnels ne se précipitent pas sur les enchères de bons du Trésor américain.