À Rennes, un centre de traitement vit ses derniers mois. C’est là que le Trésor Public fait encore encaisser les chèques des contribuables, par l’intermédiaire d’un prestataire privé, Tessi. Le contrat prend fin à l’été 2027 et l’État ne le renouvellera pas. Pour régler ses impôts, il faudra passer par le prélèvement, le paiement en ligne ou le virement instantané. Le chèque reste légal. Mais l’un de ses plus gros destinataires s’en va.

Ajoutez Netpublic.fr à vos sources préférées sur GoogleNos analyses argent, impôts et immobilier remontent en priorité dans vos recherches.Ajouter
remplir cheque

Le fisc tourne la page, les mairies grincent des dents

La décision a été préparée de longue date. Les centres de Lille et de Créteil ont fermé en 2023. Les entreprises ne peuvent plus régler leurs impôts par chèque depuis le budget 2026. Et depuis 2019, un particulier dont l’avis dépasse 300 euros doit déjà payer de façon dématérialisée. S’il ne le fait pas, il reçoit une majoration de 0,2 %, avec un minimum de 15 euros.

Amélie Verdier, directrice générale des Finances publiques, l’a dit sans détour au Monde : elle a « choisi d’accélérer la décrue du chèque » plutôt que de réinvestir dans des machines de tri.

Cette décision a un effet que les contribuables ont peu vu venir. La DGFiP encaisse aussi les factures des collectivités : cantine, centre de loisirs, eau. En juillet, le sénateur de Dordogne Serge Mérillou a relevé que les chèques ne pèsent que 4 % de ces paiements, mais que cela représente 40 millions d’opérations par an. Les élus craignent de voir revenir les espèces aux guichets des mairies.

674 millions de chèques par an

En 2009, les Français signaient 3,3 milliards de chèques. En 2025, ils en ont émis 674 millions, d’après le rapport de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP) publié le 7 septembre par la Banque de France. Le volume a été divisé par cinq. Il reste pourtant plus de onze chèques par adulte et par an, pour 331 milliards d’euros au total.

À l’échelle européenne, c’est une exception. En 2019, la BCE comptait plus de sept chèques sur dix de la zone euro émis en France. L’explication tient d’abord au prix. L’article L. 131-71 du Code monétaire et financier oblige les banques à fournir gratuitement les chéquiers, alors que la location d’un terminal de paiement coûte chaque mois à un artisan ou à une association.

Gratuit pour le client, coûteux pour tous les autres

Cette gratuité a un coût, qui est supporté par d’autres organismes. Selon l’OSMP, le chèque a généré 69 euros de fraude pour 100 000 euros payés. C’est plus de six fois le taux de la carte en magasin et plus de dix fois celui du virement en ligne. Il pèse moins de 2 % des paiements hors espèces, mais 19 % de la fraude. Le point faible se situe souvent avant même la signature : le chéquier volé dans la boîte aux lettres. L’Observatoire demande aux banques de privilégier le retrait en agence ou un envoi suivi, avec deux alertes au client, d’ici décembre 2026.

Pour les banques, une estimation de 2018 évaluait le traitement d’un chèque à environ cinquante fois celui d’un paiement par carte. Pour le client fragile, le risque est ailleurs. Prenons un chèque de 120 euros remis au plombier et encaissé dix jours plus tard, sur un compte vide entre-temps. La banque peut facturer jusqu’à 50 euros de frais de rejet, et le client risque une interdiction bancaire.

Pas de date butoir, mais des alternatives qui arrivent

La France ne prépare pas une fin brutale. Julien Lassalle, de la Banque de France, l’a rappelé lors de la présentation du rapport : il n’existe « pas de politique répressive » contre le chèque. L’Australie a choisi une autre voie. Elle cessera d’émettre des chèques au 30 juin 2028 et fermera son système le 30 septembre 2029. Il faut dire que le chèque y représente moins de 0,1 % des paiements. La Finlande, les Pays-Bas et le Danemark l’ont abandonné bien avant.

Chez nous, le remplacement se fera plutôt par l’usage. Wero, le portefeuille de paiement lancé par les banques européennes, revendiquait au printemps plus de 43 millions d’inscrits en France, en Allemagne et en Belgique. Il permet de payer sur internet en France depuis avril 2026. Le paiement en magasin est annoncé pour 2027, et le fisc prévoit de l’accepter. Les néobanques ne proposent déjà aucun chéquier, ce qui entre dans le calcul de ceux qui hésitent à quitter leur banque pour Revolut. Selon MoneyVox, un grand réseau traditionnel réfléchirait à les suivre.

Le chéquier a donc encore quelques années devant lui, et savoir bien remplir un chèque reste utile. Mais le jour où le fisc, la banque et la cantine des enfants ne l’accepteront plus, à quoi servira encore celui qui dort au fond du tiroir ?

Google Logo Ajoutez Netpublic.fr à vos sources préférées sur Google Nos analyses argent, impôts et immobilier remontent en priorité dans vos recherches. Ajouter