240 milliards de dollars. C’est la facture que les vagues de chaleur pourraient présenter à la France sur la seule période 2026-2030, selon une étude publiée par Allianz Trade. Soit environ 206 milliards d’euros de croissance évaporée, sans même évoquer les dégâts collatéraux sur les finances publiques.

chaleur travail

« Les vagues de chaleur extrême apparaissent comme un risque économique structurel, auquel l’Europe est particulièrement exposée. » Allianz Trade, filiale d’Allianz spécialisée dans l’assurance-crédit

Le constat est brutal et il intervient alors que le gouvernement français vient à peine d’imposer aux entreprises de nouvelles obligations face à la chaleur. Difficile de ne pas y voir une course contre la montre.

Un décret entré en vigueur en juillet 2025, mais déjà dépassé par les chiffres

Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 impose à tous les employeurs, publics comme privés, d’évaluer les risques liés aux épisodes de chaleur intense dès le déclenchement de la vigilance jaune de Météo-France. Au programme : aménagement des horaires, accès à l’eau fraîche (3 litres par jour minimum en l’absence de point d’eau), pauses obligatoires, mise à jour du Document Unique d’Évaluation des Risques.

Le texte arrive à point nommé. L’été 2025 a déjà coûté 0,3 point de PIB à la France selon Allianz, soit près de 9 milliards d’euros. La Banque de France a mesuré une chute de valeur ajoutée allant jusqu’à -1,4% dans l’ancien Languedoc-Roussillon sur la période. Et l’on n’a vu que les prémices.

Le seuil critique des 30°C, là où la productivité s’effondre

Allianz Trade identifie un point de bascule très précis. Au-delà de 30°C, la production horaire chute d’environ 1,3 dollar par degré supplémentaire entre 30 et 35°C. Soit 3% de la production horaire moyenne qui s’évapore sous l’effet de la chaleur.

La part des heures de travail perdues à cause du stress thermique passerait de 1,4% en 1995 à 2,2% d’ici 2030, faute de stratégie d’adaptation suffisante. Et la facture énergétique grimpe en parallèle : chaque degré supplémentaire augmente la consommation d’environ 1,2%. Climatisation, réfrigération, refroidissement industriel : tout se cumule.

L’épisode du 13 août 2025 illustre bien le paradoxe. EDF a dû réduire la puissance du réacteur Bugey 3 de 500 MW, faute d’eau assez froide dans le Rhône pour le refroidir. Au même moment, la demande en climatisation explosait. L’offre baisse, la demande monte : les prix s’envolent.

Quand les caisses de l’État se vident à mesure que le thermomètre monte

L’autre versant du problème, ce sont les finances publiques. Allianz Trade chiffre la dégradation des recettes fiscales à 1,8% par an en France lors des années les plus chaudes. Et pendant que les recettes baissent, les dépenses augmentent : transferts indexés sur l’inflation, coûts de santé, réparation d’infrastructures, aide d’urgence aux territoires sinistrés.

Résultat, le solde budgétaire se détériore d’environ 0,5% de PIB par an. Sur la période 2026-2030, le déficit public français pourrait se creuser de 2,2 points de PIB supplémentaires. Pour situer l’ordre de grandeur : c’est plus que tout l’effort budgétaire annoncé par Bercy pour 2026.

L’Agence européenne pour l’environnement avait déjà chiffré les pertes économiques directes liées aux catastrophes climatiques à 40 milliards d’euros pour la seule année 2024 à l’échelle de l’UE. Le compteur s’emballe.

Une mécanique stagflationniste qui se met en place

Le scénario décrit par Allianz Trade a un nom familier des économistes : la stagflation. Prix qui montent à cause des coûts énergétiques et alimentaires, chômage qui progresse du fait de la baisse d’activité, investissements qui reculent face à l’incertitude. C’est exactement le type de configuration que la récession européenne anticipée par S&P alimente déjà.

Les vagues de chaleur ont été multipliées par sept depuis les années 1980, rappelle l’étude. Le nombre moyen de décès par épisode a quintuplé. La question n’est plus de savoir si la France absorbera le choc, mais à quelle vitesse elle s’y adaptera. Et combien cela lui coûtera de ne pas le faire à temps.