
Macron et Merz : l’avenir de l’automobile européenne est assuré
Le président français annonce l’accord avec l’Allemagne « pour garantir l’avenir de l’automobile européenne ; l’objectif est désormais de réduire les émissions et de produire en Europe les futures voitures électriques », tandis que le chancelier allemand parle d’« une journée positive pour les automobilistes, hommes et femmes, et pour l’emploi en Allemagne, en France et en Europe ».
Avec Emmanuel Macron, « nous nous sommes mis d’accord sur un ensemble de mesures en faveur de la liberté de choix, de l’ouverture technologique et du respect des objectifs climatiques. Il s’agit d’un signe de confiance adressé à l’industrie », a déclaré Merz.
Le document de négociation, daté du 15 octobre détaille les propositions : réduction des émissions de 90 % d’ici 2035 sans compensation pour les 10 % restants, une plus grande flexibilité pour respecter les objectifs de 2030, un soutien aux hybrides rechargeables et des supercrédits pour les voitures électriques « Made in Europe ». Il ne s’agit pas encore de nouvelles règles européennes, mais du compromis par lequel Paris et Berlin entendent orienter les négociations sur le paquet automobile.
CO₂, réduction de 90 % en 2035 sans compensation
Le point central est la demande de fixer pour 2035 une réduction « effective » de 90 % des émissions de CO₂ par rapport au niveau de référence. Les constructeurs ne devraient pas avoir à compenser les dix points de pourcentage restants : selon la France et l’Allemagne, ce choix tiendrait compte de l’utilisation croissante des carburants renouvelables dans le parc automobile.
L’accord se situe donc à 90 %, sans descendre à 80 %. La flexibilité passe avant tout par la suppression des obligations de compensation et des mécanismes permettant de vérifier le respect des limites.
Pour 2030, Paris et Berlin demandent que la conformité soit calculée sur la moyenne de la période 2030-2031. De plus, les crédits de CO₂ générés en 2029 pourraient être utilisés au cours de la période suivante, dans la limite de 7 grammes de CO₂ par kilomètre et par constructeur. Pour les véhicules utilitaires légers, où l’électrification progresse plus lentement, il est proposé de vérifier sur cinq ans le respect de l’objectif de 2025.
Plus de place aux hybrides rechargeables et aux carburants alternatifs
Un autre chapitre concerne les hybrides rechargeables disposant d’une autonomie électrique d’au moins 80 kilomètres. Pour ces véhicules, le paramètre qui estime la part d’utilisation en mode électrique, l’Utility Factor, devrait rester au niveau actuel jusqu’au 1er janvier 2030. À partir de cette date, il serait mis à jour chaque année sur la base des données réelles d’utilisation de l’année précédente, avec un ajustement ultérieur des émissions des flottes des constructeurs.
Le texte prévoit également la possibilité de réduire la puissance des véhicules utilisés pour parcourir 750 kilomètres sans recharge, à condition que la sécurité du véhicule et celle des usagers ne soient pas compromises. La France et l’Allemagne demandent en outre la création d’une catégorie de véhicules zéro émission alimentés exclusivement par des carburants renouvelables et à faibles émissions admissibles, produits en Europe. Des exigences techniques, des contrôles et des sanctions seraient nécessaires pour garantir que ces véhicules ne puissent pas utiliser d’autres carburants.
Supercrédits pour toutes les voitures électriques européennes
En ce qui concerne les BEV, l’accord propose d’étendre les supercrédits à toutes les voitures électriques « Made in Europe », quelle que soit leur taille. Dans le calcul de la conformité aux objectifs de flotte, ces voitures bénéficieraient d’un multiplicateur de 1,2, qui passerait à 1,4 pour les petits modèles.
L’utilisation d’acier et d’aluminium européens à faibles émissions permettrait d’atteindre respectivement 1,3 et 1,5, proportionnellement à la part de ces matériaux utilisés. Ce mécanisme entrerait en vigueur avec l’application du paquet automobile, vraisemblablement en 2027, et se poursuivrait après 2035.
Pour les flottes d’entreprise, en revanche, les deux gouvernements réclament des objectifs nationaux indicatifs et réalistes pour les véhicules à zéro émission et à faibles émissions, plutôt que des obligations strictes.
Des aides réservées aux voitures « Made in Europe »
La contrepartie industrielle est le lien entre le soutien public et la production européenne. Les aides à l’achat, au leasing et à la location, ainsi que les marchés publics, devraient être réservés aux véhicules respectant les exigences « Made in Europe ». Au cours de la période 2028-2029, les voitures devraient être assemblées en Europe et comporter au moins 70 % de composants d’origine européenne, à l’exclusion de la batterie. Les coûts du constructeur pourraient contribuer à cette exigence à hauteur de cinq points de pourcentage au maximum.
Une part significative de recherche et développement au sein de l’UE serait également exigée, ainsi qu’au moins 50 % de composants européens tant dans la propulsion électrique que dans les principaux systèmes électroniques.
En ce qui concerne les batteries, les exigences augmenteraient progressivement : en 2028-2029, au moins 10 % d’entre elles devraient contenir trois composants principaux fabriqués en Europe, y compris les cellules, et cette part passerait à 20 % en 2030-2031. Au cours de la période 2032-2034, au moins 70 % des batteries devraient respecter des exigences plus strictes concernant cinq composants principaux, y compris les cellules, ainsi que des conditions relatives au matériau actif de la cathode et au système de gestion de la batterie.
Le Royaume-Uni est inclus, mais à des conditions précises
Le périmètre s’étendrait aux 27 pays de l’UE, avec la possibilité d’inclure des partenaires européens qui faisaient partie du marché unique au 1er janvier 2020. Une ouverture qui concerne également le Royaume-Uni, sous réserve toutefois d’une réciprocité totale et d’un alignement sur les mesures européennes visant à lutter contre le contournement des règles, y compris celles relatives aux investissements des pays tiers et à la défense commerciale.
Paris et Berlin proposent enfin de transférer dans le paquet automobile les dispositions relatives à l’automobile issues de l’Industrial Accelerator Act, afin d’adopter conjointement les mesures industrielles et celles relatives aux émissions. L’objectif est de parvenir à une position du Conseil d’ici la fin de l’année.



