Le crédit privé entre dans une phase plus délicate et fait l’objet d’une surveillance accrue. C’est ce qui ressort du rapport Les difficultés du crédit privé : implications systémiques pour les banques de l’UE publié par Scope Ratings, qui met en évidence des signes de tension dans un secteur qui a connu une croissance rapide ces dernières années pour atteindre 2 000 milliards de dollars à l’échelle mondiale, dont environ 400 milliards en Europe.

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Croissance rapide et premiers signes de tension

L’expansion du crédit privé a été alimentée par des années de taux bas, par la recherche de rendement des investisseurs et par le retrait progressif des banques du crédit le plus risqué après la crise financière. Cependant, la récente augmentation des rachats par les grands fonds gérés par des opérateurs tels que BlackRock, KKR et Apollo Global Management a ravivé les craintes quant à la solidité du secteur et aux répercussions possibles sur le système bancaire.

Les pressions sur la liquidité constituent le signe le plus évident : le modèle du crédit privé présente en effet un déséquilibre structurel entre la possibilité de remboursement offerte aux investisseurs et la nature illiquide des actifs sous-jacents, contraignant les gestionnaires à limiter les retraits, surtout face à une base croissante d’investisseurs particuliers.

Qualité du crédit et risques cachés

La détérioration des conditions de crédit fait ressortir des fragilités accumulées au cours des années de forte croissance et de supervision limitée. Selon Scope, considérer certains cas problématiques comme des incidents isolés risque de masquer une tendance plus large à la détérioration de la qualité des prêts.

Des facteurs tels que la forte concentration sectorielle, notamment dans le secteur technologique, et des pratiques d’évaluation peu transparentes, souvent fondées sur des modèles internes difficiles à vérifier, pèsent également dans la balance. Cela réduit la visibilité sur les risques réels et peut retarder la reconnaissance des pertes, amplifiant ainsi d’éventuels chocs.

L’impact pour les banques européennes

Les banques de l’UE, parmi lesquelles Deutsche Bank et Barclays, présentent pour l’instant des expositions directes relativement limitées et en grande partie garanties. Toutefois, le rapport souligne que les risques peuvent se propager par des canaux indirects, tels que le financement de fonds, les lignes de crédit et les produits dérivés.

Par rapport à la période antérieure à 2008, le système bancaire européen semble plus solide, avec des niveaux de fonds propres plus élevés et une exposition directe moindre aux actifs risqués. Cela réduit la probabilité d’une crise systémique similaire à la crise financière mondiale. Toutefois, la combinaison de l’effet de levier, des interconnexions et du manque de transparence dans le secteur du crédit privé pourrait amplifier d’éventuelles tensions.

Scope souligne en outre que la divulgation limitée de la part des banques rend difficile une évaluation complète des risques. Dans ce contexte, les autorités de surveillance, y compris la Banque centrale européenne, intensifient leur surveillance afin d’améliorer la visibilité sur les expositions.