Le classement officiel des plus grandes introductions en Bourse de l’histoire vit peut-être ses dernières semaines tranquilles. D’ici un mois, SpaceX devrait faire ses débuts au Nasdaq et envoyer le palmarès actuel directement aux archives. Avant ce grand chamboulement, petit tour d’horizon du top 10 tel qu’il existe aujourd’hui, compilé par le cabinet Renaissance Capital.

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Précision utile avant d’attaquer : les montants ci-dessous n’incluent pas la greenshoe, ce paquet d’actions supplémentaires que les banques peuvent placer après coup en cas de forte demande. Avec cette option, Saudi Aramco avait par exemple grimpé à 29,4 milliards de dollars.

Le palmarès actuel des dix plus grosses Introductions en bourse

1. Saudi Aramco : 25,6 milliards de dollars. Le mastodonte pétrolier saoudien s’est introduit à la Bourse de Ryad en décembre 2019. Le prince héritier Mohammed ben Salmane n’a accepté de céder que 1,5 % du capital. Pari réussi : Aramco devenait au passage la première capitalisation boursière mondiale.

2. Alibaba : 21,8 milliards de dollars. Le géant chinois du e-commerce a fait ses premiers pas à Wall Street en septembre 2014. Avec la greenshoe, l’opération est montée à 25 milliards. À l’époque, c’était le record absolu, détrôné cinq ans plus tard par Aramco.

3. SoftBank Corp : 21,3 milliards de dollars à la Bourse de Tokyo en décembre 2018. Le conglomérat japonais a coté sa filiale télécoms, pas la maison mère.

4. Agricultural Bank of China : 19,2 milliards de dollars. La banque chinoise s’est introduite simultanément à Shanghai et Hong Kong en juillet 2010.

5. ICBC : 19,1 milliards de dollars. Même tandem Hong Kong-Shanghai pour l’Industrial and Commercial Bank of China en octobre 2006.

6. NTT Mobile : 18,1 milliards de dollars. L’opérateur japonais de téléphonie mobile s’est introduit à Tokyo en octobre 1998, en pleine bulle internet.

7. Visa : 17,9 milliards de dollars. Le réseau de cartes bancaires a fait son entrée à New York en mars 2008, à quelques mois de la faillite de Lehman Brothers.

8. AIA Group : 17,8 milliards de dollars. La filiale asiatique de l’assureur américain AIG, sauvée par le contribuable américain en 2008, s’est cotée à Hong Kong en octobre 2010.

9. Enel : 16,5 milliards de dollars. L’énergéticien italien s’est introduit à Milan et New York en novembre 1999.

10. Facebook (devenu Meta) : 16,0 milliards de dollars à New York en mai 2012.

Pourquoi ce classement risque d’être bouleversé en juin ?

Selon des informations publiées par Reuters le 15 mai, SpaceX vise une cotation au Nasdaq dès le 12 juin 2026, sous le ticker SPCX, avec une fixation des prix la veille au soir. L’entreprise d’Elon Musk ambitionne de lever jusqu’à 75 milliards de dollars pour une valorisation autour de 1 750 milliards. À ce niveau, on parle de près de trois fois le record d’Aramco…

Et SpaceX ne sera pas seul. Anthropic, le concepteur de l’assistant Claude, prépare une cotation pour octobre, avec une levée attendue autour de 60 milliards de dollars. OpenAI devrait suivre fin 2026 ou en 2027, sur des ordres de grandeur comparables. Au total, ces trois dossiers pourraient capter près de 200 milliards de dollars, soit presque autant que toutes les IPO américaines des quatre dernières années réunies.

Une bascule historique du privé vers le public

Le phénomène n’a rien d’anecdotique. Pendant deux décennies, les grandes entreprises tech ont retardé leur entrée en Bourse, préférant lever des fonds auprès du capital-risque. L’âge moyen au moment de l’IPO est passé d’environ 4 ans au début des années 2000 à près de 10 ans aujourd’hui, selon des travaux universitaires américains.

Le problème : à 1 750 milliards de dollars, plus personne ne peut absorber SpaceX en privé. Même Sequoia, Founders Fund ou Fidelity réunis n’y suffisent plus. Seule la Bourse offre désormais la profondeur de marché nécessaire.

Reste une question pour l’investisseur particulier qui voudrait participer à la fête. Plusieurs analystes, dont ceux de Pitchbook, rappellent que SpaceX arrivera avec un flottant très réduit (autour de 3,3 %) et un PDG « controversé » qui partage déjà son temps entre Tesla, X et désormais xAI. Volatilité quasi garantie. Comme le résume un analyste de Morningstar cité par Scientific American :

« Si vous investissez dans l’IPO de SpaceX, vous investissez dans leur manière de faire : des échecs explosifs aussi bien que des réussites spectaculaires. »

Le record d’Aramco aura tenu six ans et demi. Pas mal pour une époque qui ne sait plus très bien ralentir !