Gagner 1 400 euros par mois et vivre à 63 euros de la pauvreté statistique. C’est la réalité que dessine l’Insee dans son étude annuelle sur les niveaux de vie, publiée ce jeudi. Le seuil de pauvreté monétaire vient de franchir un cap symbolique : il s’établit désormais à 1 337 euros par mois pour une personne seule, sur la base des revenus 2024. Derrière ce chiffre, un record que la France se serait bien passée de battre.

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Un seuil qui ne tombe pas du ciel

Contrairement à une idée reçue, ce montant n’est pas fixé par le gouvernement. L’Insee calcule d’abord le niveau de vie médian des Français, celui qui coupe la population en deux moitiés égales. Le seuil de pauvreté correspond à 60 % de ce revenu médian. En clair, si les revenus du pays progressent, le seuil monte mécaniquement avec eux.

Le barème s’ajuste ensuite à la composition du foyer : 2 005 euros pour un couple, auxquels s’ajoutent 401 euros par enfant de moins de 14 ans et 669 euros au-delà. Une famille avec deux jeunes enfants doit ainsi disposer de 2 807 euros par mois pour passer au-dessus de la barre.

Conséquence directe de ce mode de calcul : la pauvreté mesurée est relative. Un ménage dont les revenus stagnent peut basculer sous le seuil sans avoir perdu un centime, simplement parce que le reste du pays a avancé sans lui.

9,8 millions de personnes concernées, un record depuis 1996

En 2024, 15,4 % de la population vivant en métropole se situe sous ce seuil, soit 9,8 millions de personnes. Jamais l’Insee n’avait mesuré un taux aussi élevé depuis le lancement de cette enquête en 1996. Pour donner un ordre de grandeur, on était à 12,9 % en 2008, avant la crise financière.

Le chiffre masque de fortes disparités. Les chômeurs restent les plus exposés, avec un taux de pauvreté de 36,1 %. Les familles monoparentales suivent de près, à 34 %, malgré une légère amélioration cette année. Les retraités s’en sortent mieux que la moyenne, à 10,4 %, portés par les revalorisations du minimum contributif et de l’Aspa.

Autre signal préoccupant : la moitié des personnes pauvres vivent avec moins de 1 074 euros par mois. Et la pauvreté des enfants continue de grimper, avec +0,5 point en 2024 après +1,3 point l’année précédente.

RSA, SMIC : où se situent les repères du quotidien ?

C’est là que le chiffre de l’Insee prend tout son sens. Le RSA pour une personne seule atteint 651,69 euros par mois depuis avril 2026. Soit moins de la moitié du seuil de pauvreté. Un allocataire sans autre ressource vit donc très en dessous de la barre, même en ajoutant les aides au logement.

Le SMIC net, lui, tourne autour de 1 443 euros par mois pour un temps plein. À peine une centaine d’euros au-dessus du seuil. Un salarié au salaire minimum à temps partiel, ou un mois amputé par un arrêt maladie, et le compte n’y est plus. D’où l’importance de la prime d’activité, qui vient précisément compléter les revenus des travailleurs modestes.

Les prestations sociales jouent d’ailleurs un rôle d’amortisseur massif : sans elles, l’Insee estime que 22,3 % des Français vivraient sous le seuil, contre 15,4 % après redistribution. Sept points d’écart, ce n’est pas un détail.

Des dispositifs existent pour les revenus modestes

Se situer autour du seuil ne signifie pas être privé de leviers. Le livret d’épargne populaire, réservé aux foyers modestes sur critère fiscal, offre un taux supérieur au Livret A pour protéger une petite épargne de l’inflation. Le plafond d’accès dépend de votre revenu fiscal de référence, que l’on retrouve sur l’avis d’imposition.

Côté aides, une simulation sur le site de la CAF permet de vérifier ses droits en quelques minutes. Le non-recours reste considérable en France : des milliards d’euros de prestations ne sont jamais réclamés chaque année.

Reste une question qui dérange : quand un salaire à temps plein au SMIC ne place un ménage qu’à 100 euros du seuil de pauvreté, est-ce le seuil qui est trop haut, ou le travail qui paie trop peu ?