L’espace n’est plus une frontière lointaine : il s’est transformé en un secteur dans lequel il faut investir, caractérisé par des flux de trésorerie réels, une concurrence importante et un cœur d’activité de plus en plus commercialisé. Pour les investisseurs, cette évolution continue d’offrir des opportunités extraordinaires.

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L’économie spatiale génère déjà environ 600 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel et pourrait atteindre près de 2 000 milliards d’ici le milieu de la prochaine décennie. Environ les trois quarts de l’activité sont aujourd’hui de nature commerciale, hors contrôle des États, et de nombreuses entreprises privées se tournent de plus en plus vers les marchés publics pour leurs prochaines phases de croissance.

Les facteurs clés

Le facteur clé a été le coût. Les prix des lancements sont passés d’environ 400 000 dollars le kilogramme à l’époque d’Apollo à environ 2 000 dollars aujourd’hui. Une réduction d’un facteur 200 change la perception de ce qui est économiquement viable. La baisse des coûts élargit le marché potentiel, stimule l’innovation et raccourcit les délais d’amortissement dans des secteurs tels que les satellites, la connectivité, l’imagerie et les capacités liées à la défense.

Un deuxième facteur moteur est l’échelle. Les services spatiaux passent du stade des programmes pilotes à celui de l’adoption de masse. L’exemple le plus parlant est celui du haut débit : Starlink compte plus de 12 millions d’abonnés et a généré un chiffre d’affaires de 11,4 milliards de dollars en 2025.

Ses satellites V3 devraient offrir une capacité de liaison descendante dix fois supérieure, ce qui reflète un phénomène bien connu dans le secteur technologique : le « paradoxe de Jevons », selon lequel les progrès technologiques créent de nouveaux cas d’utilisation et, en fin de compte, une demande accrue.

L’introduction en bourse de SpaceX et l’importance de la défense

Parmi les développements récents les plus significatifs, le premier est sans aucun doute l’introduction en bourse de SpaceX. Une cotation en 2026 avec une valorisation de près de 2 000 milliards de dollars représente, à notre avis, le moment où le secteur spatial entre dans la conscience des investisseurs grand public.

Que l’on détienne ou non des actions de la société, les répercussions sont concrètes : une couverture accrue par les analystes, davantage de benchmarking et des liens plus étroits entre l’innovation privée et les marchés publics.

Deuxièmement, le secteur de l’observation de la Terre subit une transformation radicale et Planet Labs en est l’exemple le plus frappant. Récemment, l’entreprise a remporté un contrat pluriannuel de 240 millions d’euros avec le gouvernement allemand pour des images satellites basées sur l’intelligence artificielle et la surveillance maritime, un contrat avec l’OTAN pour la surveillance spatiale continue, ainsi qu’une prolongation de la part de la National Geospatial-Intelligence Agency américaine pour l’analyse maritime automatisée.

Son carnet de commandes a progressé d’environ 79 % en glissement annuel, atteignant près d’un milliard de dollars, 97 % de la valeur contractuelle annuelle étant désormais récurrente. Il s’agit d’un modèle économique fondamentalement différent de celui d’il y a quelques années.

Troisièmement, la connectivité directe aux appareils mobiles entre dans une première phase de commercialisation. Ast SpaceMobile a lancé avec succès trois satellites BlueBird de nouvelle génération en juin 2026, quadruplant ainsi sa flotte Block 2 en un seul lancement.

Ces satellites transportent des relais de la taille approximative d’un court de tennis, sans nécessiter de matériel spécifique. Asts vise à mettre en orbite environ 45 satellites d’ici la fin de l’année, puis à assurer un service continu. L’entreprise a conclu des partenariats avec près de 60 opérateurs de réseaux mobiles couvrant plus de 3 milliards d’abonnés. La technologie n’est pas sans risques, mais la voie à suivre est claire.

Quatrièmement, le secteur de la défense connaît actuellement un supercycle. L’Europe se réarme et le carnet de commandes a atteint des niveaux records. L’espace fait partie intégrante de la dissuasion moderne : communications, navigation, détection des cibles et résilience. L’Italie joue au-dessus de ses moyens grâce à ses capacités de production de bout en bout de satellites et de fusées, et les valeurs nationales l’ont démontré.

Une nouvelle opportunité

Nous considérons les investissements dans le secteur de l’économie spatiale comme une vaste opportunité industrielle et technologique, et non comme un simple pari ponctuel. Notre approche est de type « bottom-up » et fondée sur les fondamentaux. Une approche « barbell », qui équilibre les sociétés « pure play » du secteur à forte croissance avec celles, plus stables, des secteurs de l’aérospatiale et de la défense, peut aider à gérer la volatilité inhérente à un thème qui n’en est encore qu’à ses débuts.

La prochaine étape concerne l’intégration. Les données spatiales fusionneront avec les réseaux terrestres, les flux de travail basés sur l’intelligence artificielle et les architectures de défense. Les investisseurs doivent s’attendre à des phases de volatilité, mais aussi à un éventail de plus en plus large de modèles économiques durables.

L’économie spatiale est en effet en train de passer de la science-fiction au grand public, et c’est précisément à ce moment-là qu’un investissement discipliné revêt une importance capitale.