
D’ailleurs, admet BlackRock, un changement de cap s’impose : une tendance que le marché signale déjà, étant donné que la répartition traditionnelle 60/40 (stratégie consistant à investir 60 % de son capital en actions et 40 % en obligations) est déjà soumise à diverses pressions.
Parmi celles-ci, les chocs du côté de l’offre, en particulier le choc énergétique provoqué par la guerre entre les États-Unis et l’Iran, les inquiétudes liées à l’accélération de l’inflation et la crainte qui en découle de nouvelles hausses des taux par les banques centrales : autant d’éléments qui se traduisent par de fortes ventes massives qui frappent les marchés obligataires, pesant également sur les marchés boursiers.
Vers un dépassement de la répartition d’actifs 60/40 ?
Fabio Osta, directeur général et responsable de l’équipe de spécialistes des investissements alternatifs pour la gestion de patrimoine EMEA chez BlackRock, affirme que la nécessité d’envisager d’autres types d’investissements s’impose de plus en plus. Lesquels ? Selon lui, les candidats les plus probables sont les investissements alternatifs, en particulier ceux sur les marchés privés (private equity), et ce pour une raison bien précise : ils deviennent « plus accessibles, plus complets et plus transparents » pour les investisseurs particuliers.
Le responsable de la division de BlackRock justifie ce choix par le phénomène qu’il qualifie, pour reprendre ses propres termes, de « Once-in-a-lifetime » (une fois dans une vie), c’est-à-dire par les effets du boom des investissements dans l’IA (intelligence artificielle). Par ailleurs, la transition vers une nouvelle façon d’investir, a-t-il expliqué à CNBC en marge de l’édition de cette année de la conférence IPEM Global à Paris, est déjà en cours, étant donné que tant les investisseurs institutionnels que les investisseurs fortunés manifestent un « grand intérêt » pour les marchés privés.
BlackRock : « Nous entrons dans une nouvelle phase d’intégration entre les marchés publics et privés »
« Nous entrons dans une nouvelle phase d’intégration entre les marchés publics et privés, aujourd’hui, les marchés privés inaugurent une nouvelle ère de croissance. », a déclaré Fabio Osta.
Les chiffres le confirment : l’expert a souligné que, selon les prévisions de BlackRock, la valeur des actifs alternatifs mondiaux sous gestion passera de 20 000 milliards de dollars actuellement à 30 000 milliards d’ici 2030, grâce à la demande émanant tant des investisseurs institutionnels que de la clientèle fortunée.
BlackRock, a précisé M. Osta, recommande déjà à sa clientèle fortunée une allocation de portefeuille 50/30/20 entre actions, obligations et marchés privés, par rapport à l’allocation traditionnelle. Ce changement majeur trouve son origine dans la révolution en cours de l’IA qui, selon le gestionnaire, est le véritable facteur à l’origine de l’augmentation de l’exposition des investisseurs aux marchés privés.
IA et investissements : BlackRock cite le cas Mistral
« Nous considérons l’IA comme une opportunité extraordinaire, qui ne se présente qu’une fois dans une vie, pour nos clients, tant institutionnels que de gestion de patrimoine», a insisté M. Osta, rappelant que l’intelligence artificielle est passée du statut de thème de niche, il y a quelques années, à celui de thème macroéconomique, avec des implications transversales pour les régions, les secteurs et les classes d’actifs.
Pour l’instant, nous n’en sommes qu’à la première phase : « Nous en sommes aux prémices de ce qui sera la construction de l’infrastructure de l’IA, qui nécessite une innovation à grande échelle », a expliqué l’expert, ajoutant que la deuxième phase sera celle de l’adoption pratique, suivie d’une troisième phase de transformation au cours de la prochaine décennie.
L’exemple le plus parlant cité par le gestionnaire de BlackRock est l’impressionnante levée de fonds de 3 milliards d’euros (3,49 milliards de dollars) réalisée par Mistral, à laquelle BlackRock a également participé. C’est précisément le résultat de ce tour de table qui constitue l’« exemple emblématique » des opportunités d’intégration entre l’IA et les marchés privés.
M. Osta a également identifié d’autres « mégatendances » qui susciteront encore davantage l’intérêt des investisseurs pour les marchés privés : la transition énergétique, les changements démographiques et l’urbanisation. Autant d’éléments qui, selon lui, sont appelés à façonner le paysage des marchés privés, tandis qu’il sera essentiel de garder à l’esprit l’une des règles d’investissement les plus importantes : « Au sein de cet univers d’opportunités, la sélectivité est véritablement fondamentale ».



