La souveraineté numérique et financière doit être placée au cœur de l’agenda européen. Il ne peut en être autrement compte tenu du contexte d’expansion rapide de l’intelligence artificielle appliquée aux services financiers. C’est ce que confirme également le rapport « Souveraineté numérique et financière. Naviguer vers le changement à l’ère de la transformation », réalisé par Deloitte.

Les données montrent le retard de l’Europe. Selon la BCE, au premier semestre 2025, les paiements non fiduciaires dans la zone euro ont atteint 77,7 milliards d’opérations (+7,7 %), une croissance qui repose toutefois sur des infrastructures caractérisées par une forte dépendance vis-à-vis de fournisseurs hors UE. Le cloud computing en est un exemple emblématique : le principal opérateur européen détient une part de marché de à peine 2 %. De même, environ deux tiers des transactions par carte transitent par des réseaux non européens.

Des progrès

Heureusement, l’adoption de l’intelligence artificielle dans le secteur financier s’accélère. Le rapport de l’OCDE souligne que 39 % des opérateurs utilisent déjà des solutions d’IA dans leurs activités quotidiennes, avec des taux atteignant 70 % dans le secteur des assurances et 59 % dans le secteur bancaire. Mais cette dynamique renforce la concentration autour d’un petit nombre de fournisseurs mondiaux : 75 % des entreprises qui adoptent l’IA s’appuient sur des services cloud tiers, tandis que 39 % utilisent des modèles développés en externe.

Trois points clés

Le rapport identifie également trois axes clés : la gouvernance, la responsabilité partagée et les infrastructures technologiques. Sur le plan réglementaire, le cadre européen représente une avancée en termes de résilience, mais le renforcement de la coopération entre les secteurs public et privé reste crucial. Dans le même temps, la généralisation de l’IA impose une évolution coordonnée des moyens de paiement sur les plans monétaire, technologique et infrastructurel.

Reste ensuite la question des compétences. L’enquête fait état d’un niveau d’alphabétisation financière numérique de 4,6 sur 10, inférieur à la moyenne internationale OCDE/INFE. Un écart qui risque de limiter l’efficacité des innovations en cours. Dans ce contexte, le renforcement de la souveraineté numérique et financière passe par des investissements dans les infrastructures, la diversification des fournisseurs et le développement des compétences. Une approche intégrée nécessaire pour soutenir la compétitivité et l’autonomie stratégique de l’Europe.