
Les antécédents historiques
Au cours des trente dernières années, une combinaison similaire de gains aussi rapides et d’atteinte simultanée de nouveaux sommets annuels ne s’était produite qu’à trois reprises : le 23 avril 1999, le 21 mars 2000 et le 9 novembre 2020. La date de mars 2000, en particulier, coïncidait avec le jour précédant immédiatement le pic définitif de la bulle internet, un détail que Krinsky qualifie de non déterminant sur le plan statistique, mais certainement digne d’intérêt.
Au cours des mois qui ont suivi l’épisode de 1999, le S&P 500 est entré dans une phase latérale prolongée caractérisée par une baisse d’environ dix points de pourcentage, tandis que l’exception de novembre 2020 a marqué au contraire le début d’une tendance haussière s’étendant sur plusieurs mois. Les optimistes espèrent naturellement que le scénario actuel suive ce dernier précédent, mais l’analyste de BTIG exprime des doutes évidents.
Parallèlement, le rebond de Microsoft constitue pour J. Krinsky un signal d’alerte encore plus clair. Le titre a gagné près de vingt-sept pour cent en quatre séances, une accélération qui n’a été dépassée qu’une seule fois dans son histoire, au cours de l’année 2000.
Le parallèle établi est frappant : après avoir atteint un record le 30 décembre 1999, Microsoft a perdu 60 % au cours des dix mois suivants, avant de regagner 29 % en quatre jours ; plus récemment, après avoir atteint un nouveau plus haut historique le 31 juillet 2025, le titre a cédé 37 % en l’espace de onze mois avant cette dernière flambée. Il s’agit, observe J. Krinsky, des deux plus fortes remontées sur quatre jours jamais enregistrées par Microsoft, des phénomènes qui se répètent rarement à l’identique mais qui « font écho » souvent aux évolutions ultérieures.
Peut-on se fier aux records du S&P 500 ?
L’analyste ne proclame pas ouvertement l’arrivée d’un sommet du marché, mais il estime toutefois hautement probable que le rebond actuel lié à la dynamique soit voué à s’essouffler. Les investisseurs qui ont été échaudés par la vague de ventes de juillet pourraient en effet profiter de cette hausse pour vendre.
Le problème fondamental, selon J. Krinsky, réside dans la rotation continue des capitaux qui passent du momentum à la valeur, puis reviennent au momentum, dans une sorte de jeu des chaises musicales destiné, tôt ou tard, à s’arrêter en laissant quelqu’un sans place.
Cette analyse s’inscrit dans un climat de prudence croissante, renforcé par les propos de Michael Burry, qui a déclaré mardi, dans un article publié sur Substack, qu’il continuait à considérer comme possible l’approche d’un plus haut historique, voire d’un krach similaire à celui de 1987.
L’analyse de J. Krinsky se situe donc à la croisée de la mémoire historique et de la dynamique à court terme. Le marché boursier américain a démontré, au cours des derniers mois, une extraordinaire capacité de rebond après des phases de faiblesse, alimentée en grande partie par la concentration des flux sur un nombre restreint de titres technologiques à forte capitalisation. Cependant, la violence même de ces rebonds, leur rareté historique et la répétition de schémas déjà observés à l’approche de retournements significatifs incitent à examiner attentivement le risque que la liquidité, après avoir basculé d’un thème à l’autre, puisse soudainement s’épuiser.
Dans un contexte où les valorisations restent élevées et où la dépendance vis-à-vis des grands noms de la technologie continue de représenter un facteur de fragilité structurelle, le message qui ressort des observations de BTIG et des parallèles établis avec Microsoft est que l’euphorie de ces quatre séances pourrait ne pas être le prologue d’une nouvelle phase haussière prolongée, mais bien le dernier acte d’un cycle déjà très avancé.
Les opérateurs se trouvent ainsi à la croisée des chemins : d’un côté, la tentation de suivre la dynamique du marché ; de l’autre, la prise de conscience que les précédents historiques de mouvements aussi concentrés n’ont pas toujours débouché sur des hausses durables. La prudence, plutôt que l’optimisme inconditionnel, semble aujourd’hui l’interprétation la plus cohérente au regard des données présentées.



