Les résultats trimestriels des géants américains de la technologie constituent un rendez-vous incontournable pour les investisseurs. Les avis des analystes sur ces résultats, qu’ils soient supérieurs ou inférieurs aux attentes, influencent le sentiment des marchés et, par conséquent, les performances boursières du secteur technologique. Mais ce n’est pas tout : compte tenu du poids important de ce secteur sur les indices de Wall Street, ces résultats déterminent leur évolution.

ia bigtech

Il suffit de penser que la part des « Sept Magnifiques » (Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla) représente actuellement 32,5 % de la capitalisation boursière du S&P 500. Ce chiffre est légèrement inférieur aux 34,5 % enregistrés à la mi-2025, mais cette concentration ne tient pas compte d’autres sociétés qui ont rejoint le club des capitalisations boursières de mille milliards, telles que Broadcom (plus grande que Tesla et Meta) et Micron.

Les valeurs à la loupe

Les fers de lance parmi les valeurs technologiques ont été Alphabet et Tesla , qui ont publié leurs résultats trimestriels le 22 juillet après la clôture des marchés. Toutes deux ont annoncé une augmentation de leurs dépenses pour investir dans l’intelligence artificielle, ce qui a été accueilli avec inquiétude par le marché, à tel point que Google (la principale société de la holding Alphabet) a chuté de 6,8 % à Wall Street lors de la séance du 23 juillet, tout en conservant une performance nettement positive sur un an (+67 %).

Quant à la société d’Elon Musk, spécialisée dans les voitures électriques, la robotique et la haute technologie, elle a perdu 14,5 %, avec une variation sur 12 mois qui reste négative (-4 %). Dans le cas de Tesla, les analystes ont souligné le fait que l’entreprise continue de brûler ses liquidités. Le deuxième trimestre s’est en effet clôturé avec unflux de trésorerie négatif de 1,1 milliard de dollars, le premier résultat négatif depuis plus de deux ans. Les bénéfices ont également été décevants, avec un bénéfice par action de 0,33 dollar contre les 0,50 attendus.

En ce qui concerne Alphabet, certains investissements commencent à porter leurs fruits, avec une hausse de 82 % en glissement annuel des revenus issus du cloud au cours du trimestre, mais ce chiffre n’a pas suffi à convaincre le marché. De leur côté, les analystes, d’après les recommandations recueillies par The Wall Street Journal, sont majoritairement positifs sur Alphabet, avec une prévalence des recommandations « acheter », tandis que dans le cas de Tesla, ils se montrent plus prudents, les recommandations « conserver » prédominant.

En détail, Mark Shmulik, de Benstein, a réaffirmé sa note « neutre » (market perform) pour la société dirigée par Sundar Pichai, avec un objectif de cours de 385 dollars, contre un cours actuel avoisinant les 320 dollars. Selon lui, en effet, « Google doit défendre son activité de recherche, rester à la pointe de la concurrence et conquérir le marché des entreprises dans le cloud basé sur l’intelligence artificielle. Une tâche loin d’être facile ».

La question de la compétitivité concerne, à des degrés divers, les autres géants publient leurs résultats cette semaine : Meta et Microsoft le 29, Amazon et Apple le 30, tandis que pour Nvidia, il faudra attendre le 26 août.

Qui surprendra positivement les marchés ?

Étant donné que les marchés boursiers évoluent en fonction des attentes, parmi les géants de la tech qui publieront bientôt leurs résultats, qui pourra surprendre positivement ?

Selon Quirien Lemey, gestionnaire de fonds senior chez Decalia , « si Microsoft parvient à démontrer des progrès évidents dans le secteur des logiciels et à tenir ses promesses concernant son activité dans le cloud, c’est elle qui présente le plus grand potentiel de hausse, car c’est la grande entreprise technologique la moins bien valorisée (à l’exception de Meta) et celle qui a enregistré la performance la plus décevante ».

Depuis janvier, le titre a en effet perdu 21 % et 25 % sur 12 mois. Pour Dimitri Kallianiotis, spécialiste des investissements technologiques chez UBP : « Les titres du secteur des semi-conducteurs et du matériel informatique sont les mieux placés pour bénéficier de l’augmentation des dépenses dans les centres de données dédiés à l’IA ».

Voilà pour les perspectives favorables, mais quels titres pourraient, au contraire, décevoir le marché ? « C’est probablement Apple (+18 % depuis janvier, +50 % sur 12 mois) qui a le plus à perdre, car c’est le titre le plus performant et aussi le plus cher du groupe. Cela dit, Apple est considérée comme une alternative aux investissements dans l’IA, car c’est la seule à avoir évité d’augmenter massivement ses dépenses d’investissement, sacrifiant ainsi son flux de trésorerie disponible », explique le gestionnaire de Decalia.

Le gestionnaire d’UBP souligne quant à lui que « les titres des services informatiques et des logiciels restent les plus exposés en raison des bouleversements liés à l’IA (pensons par exemple à l’avertissement sur les résultats d’IBM ou à la révision à la baisse des prévisions de chiffre d’affaires par Infosys). Même les hyperscalers (Meta, Amazon, Microsoft) pourraient décevoir, en particulier s’ils devaient continuer à recourir à des augmentations de capital pour financer leurs investissements dans l’IA, avec pour conséquence un effet dilutif pour les actionnaires ».

Il ne faut toutefois pas oublier la question des fondamentaux, la croissance d’un secteur, à elle seule, ne garantit pas de rendements pour les actionnaires, surtout si la capacité de production augmente trop rapidement, si le pouvoir de fixation des prix s’affaiblit ou si l’intensité en capital continue de croître . Compte tenu de la différenciation croissante dans le domaine des logiciels, les applications facilement reproductibles pourraient subir une pression concurrentielle accrue.

Avec la maturation du cycle de l’IA, on peut estimer donc que la capacité à créer de la valeur durable, l’amélioration des rendements sur le capital investi et des valorisations raisonnables deviendront les facteurs les plus importants par rapport à une simple exposition au thème de l’IA. Que le meilleur gagne donc !