Et si l’inflation, qui semblait sous contrôle, était sur le point de revenir sous une forme plus agressive et persistante que celle que nous avons déjà connue ? Dans ce cas, il serait légitime de se demander de quels outils nous disposerions réellement pour nous défendre. Mais surtout, si l’or, que beaucoup considèrent comme la valeur refuge par excellence, réagirait comme nous nous y attendons.

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representation inflation

Ce qui rend cette question plus urgente que d’habitude, c’est que les conditions qui, historiquement, ont précédé les retours de l’inflation semblent aujourd’hui se recouper de manière inquiétante : la politique monétaire américaine est dans l’impasse, les anticipations d’inflation remontent de manière généralisée, même parmi ceux qui les sous-estimaient traditionnellement, et les entreprises répercutent leurs coûts sur les prix finaux à une fréquence qui n’avait pas été observée depuis des années. Et dans ce scénario, l’or pourrait ne pas évoluer du tout comme vous vous y attendez.

Le contexte macroéconomique que personne ne veut regarder en face

Le taux d’inflation PCE sous-jacente aux États-Unis s’établirait actuellement autour de 3,3 %, un seuil que les marchés ont historiquement commencé à interpréter comme le signe d’une dérive structurelle difficile à ignorer. La Réserve Fédérale aurait adopté une stratégie de « statu quo », c’est-à-dire le maintien des taux à des niveaux inchangés en l’absence de signaux clairs indiquant soit un assouplissement, soit un resserrement supplémentaire, une position qui ne semblerait pas produire les résultats escomptés en matière de désinflation.

Les données régionales des banques de la Fed suggèrent que les entreprises continuent de répercuter leurs coûts sur les prix à la consommation, tandis que les enquêtes de la Fed du Michigan et de New York révèlent que les ménages auraient eux aussi revu leurs anticipations à la hausse. Ce détail n’est pas anodin : les anticipations d’inflation ont tendance à se réaliser d’elles-mêmes, s’intégrant dans les conventions salariales et les décisions de prix avant même que l’inflation ne se concrétise dans les données officielles. Et c’est dans ce contexte que l’or commence à bouger.

Pourquoi l’or n’est pas ce que nous pensons ?

Jusqu’ici, les arguments en faveur d’une appréciation du XAUUSD semblent solides. Et c’est précisément là que l’analyse se complique, et que cette complexité devient l’élément le plus important à comprendre.

Les données historiques montreraient que l’or ne réagit pas de manière linéaire à la dynamique inflationniste : dans un contexte d’inflation modérée et perçue comme maîtrisée, le métal tend à ignorer presque complètement le phénomène. Le seuil critique semblerait se situer autour de 4 % d’inflation, niveau au-delà duquel le marché commencerait à interpréter la situation comme une erreur systémique de politique monétaire et à rechercher des valeurs refuges en termes réels. On se trouverait encore légèrement en dessous de ce seuil, mais la trajectoire pourrait compter davantage que le niveau absolu.

Dans un scénario où l’inflation s’accélère mais où la Fed réagit avec crédibilité et rapidité, le résultat attendu ne serait pas une spirale à la manière de 1979, mais plutôt un régime prolongé de taux réels élevés et de croissance comprimée. Dans ce contexte, l’or se trouverait dans une position structurellement ambivalente : sous la pression du coût d’opportunité élevé lié aux taux nominaux élevés, mais potentiellement soutenu par la faiblesse du dollar et la montée du risque de récession.

Les taux réels : la variable déterminante

Pour comprendre cette dynamique, il convient de préciser ce que sont les taux réels et pourquoi ils semblent influencer le prix de l’or bien davantage que l’inflation nominale. Le taux réel s’obtient en soustrayant l’inflation attendue du rendement nominal d’une obligation : lorsque cet écart se creuse, détenir de l’or deviendrait relativement plus coûteux que de détenir un titre offrant un rendement positif en termes réels.

Le rendement des TIPS américains à dix ans, qui représente précisément le taux réel du marché, s’avérerait être l’un des facteurs présentant la signature statistique la plus solide pour expliquer les fluctuations du cours de l’or sur la période historique allant de 1971 à aujourd’hui. Le raisonnement en chaîne que beaucoup négligent et qui se dessine pourrait donc se résumer ainsi : l’inflation pourrait revenir de manière plus persistante que ce que le marché anticipe actuellement, mais la réaction de l’or dépendrait d’une chaîne causale spécifique qui ne serait nullement garantie a priori.

Si l’inflation augmentait mais que la Fed réagissait de manière crédible, les taux réels pourraient rester élevés ou augmenter encore, limitant ainsi le potentiel de hausse du métal précieux. En revanche, si la Fed perdait sa crédibilité, ou si l’inflation s’accompagnait d’une détérioration de la croissance et d’une faiblesse structurelle du dollar, les conditions seraient bien plus favorables à une hausse de l’or. Il ne s’agirait pas d’une certitude, mais d’un « si » enchaîné à un autre « si », avec des probabilités qui se multiplient à chaque étape.

Ce que cette analyse suggère, ce n’est pas que l’or soit un instrument à écarter, mais que s’y fier comme réponse automatique à un scénario inflationniste pourrait s’avérer être une simplification risquée, en particulier pour ceux qui auraient construit une stratégie de protection du capital sur cette hypothèse. L’or fonctionnerait bien dans certains régimes financiers, mais pas dans tous les scénarios où l’inflation occupe le devant de la scène, et la différence entre les deux pourrait être subtile mais décisive pour le portefeuille.

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