Lorsqu’un actif considéré comme la valeur refuge par excellence perd un cinquième de sa valeur, quelque chose de structurel pourrait être en train de changer sur les marchés mondiaux.

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Et ce, non pas par pessimisme, mais parce que, dès lors qu’on dépasse les 20 % de baisse, on peut, en jargon technique, commencer à parler de marché baissier. Un terme qui ne sonne pas exactement comme une « situation passagère ». Et la question la plus brûlante du moment est justement : « combien de temps durera cette baisse ? ».

Ceux qui ont bâti leur protection patrimoniale sur l’or ces dernières années se trouvent aujourd’hui contraints de reconsidérer certaines hypothèses qui semblaient aussi solides que le métal lui-même. L’horizon est-il vraiment en train de changer ? Ou s’agit-il seulement d’un ajustement momentané ?

Quand la valeur refuge ne protège plus

La baisse du XAUUSD de l’ordre de 20 % par rapport à ses plus hauts historiques n’est pas un épisode isolé à classer rapidement. En termes techniques, il s’agirait d’un marché baissier avéré, seuil conventionnellement fixé précisément à ce niveau de baisse. Ce qui rend ce mouvement digne d’attention, ce n’est pas tant son ampleur que sa structure : une érosion progressive, avec des volumes croissants lors des phases de baisse et des rebonds de moins en moins convaincants, un schéma que les opérateurs professionnels ont tendance à interpréter comme un signal de distribution systémique plutôt que comme une simple prise de bénéfices.

Le discours dominant de ces dernières années avait présenté l’or comme une couverture naturelle contre l’inflation et l’instabilité géopolitique. Ces deux facteurs sont toujours d’actualité, et pourtant le métal précieux baisse. Ce paradoxe apparent pourrait s’expliquer par une dynamique moins visible : la liquidation forcée de positions par des fonds qui ont besoin de libérer des marges sur d’autres marchés, ou une réorientation structurelle vers des actifs offrant un rendement coupon, catégorie dans laquelle l’or n’entre pas par définition.

Le contexte macroéconomique qui pèse sur le métal

La hausse prolongée des taux réels dans les économies occidentales représente historiquement l’un des environnements les plus hostiles pour le métal précieux. Une obligation d’État rapportant 4 % ou 5 % en termes nominaux, avec une inflation en baisse progressive, offre un rendement réel positif auquel l’or ne peut tout simplement pas rivaliser en termes de rémunération directe. Dans ce contexte, la question que se posent de nombreux investisseurs semble légitime : pourquoi détenir un actif qui ne rapporte rien alors qu’il existe des alternatives rémunératrices ?

Analyse cyclique : où se situe l’or dans le grand schéma ?

Ceux qui pratiquent l’analyse cyclique sur les marchés financiers voient dans l’or un actif aux cycles pluriannuels bien définis, historiquement caractérisés par des phases d’accumulation silencieuse suivies de rallyes explosifs, puis de longues corrections réparties dans le temps.

Selon certaines interprétations cycliques, le métal pourrait se trouver dans une phase intermédiaire de ce schéma, ni au plus bas absolu ni dans une zone de reprise certaine. Les niveaux clés à surveiller se situeraient dans la fourchette comprise entre 2 000 et 2 100 dollars l’once : un maintien sur ces supports pourrait indiquer que la structure haussière à long terme reste intacte ; une cassure baissière convaincante ouvrirait des scénarios bien plus complexes.

Il convient de noter que les prévisions de ceux qui évoquent de nouvelles baisses pouvant atteindre 30 à 40 % par rapport au pic ne sont pas sans précédent historique. Entre 2011 et 2015, l’or a perdu plus de 40 % par rapport à ses plus hauts, dans un contexte à certains égards similaire à celui d’aujourd’hui : des taux réels en hausse et un dollar structurellement fort. L’histoire ne se répète pas mécaniquement, mais elle offre souvent des repères utiles pour calibrer les attentes.

Ce qu’il faudra surveiller dans les prochains mois

Pour un investisseur détenant de l’or dans son portefeuille, les signaux à surveiller seraient principalement au nombre de trois.

  • Le premier concerne l’évolution des taux réels américains : un retour de ceux-ci vers zéro ou en territoire négatif redonnerait de l’oxygène au métal.
  • Le deuxième est l’orientation du dollar, avec lequel l’or entretient une corrélation inverse historiquement solide.
  • Le troisième élément, souvent sous-estimé, est la demande physique émanant des banques centrales des pays émergents, qui a constitué ces dernières années un soutien structurel aux cours et qui pourrait atténuer la baisse ou l’accélérer selon qu’elle se poursuit ou s’atténue.

Parallèlement, il serait prudent d’observer le comportement des marchés boursiers européens à ce stade : une corrélation inhabituelle entre les actions et l’or à la baisse pourrait indiquer une réduction généralisée du risque dans les portefeuilles institutionnels, un signal qui mérite votre attention quel que soit l’actif que vous détenez.