Anthropic prépare la plus grande introduction en bourse de l’histoire tout en continuant à investir des milliards pour soutenir la course à l’intelligence artificielle. D’un côté, les investisseurs de la société qui développe Claude misent sur une valorisation de 2 000 milliards de dollars ou plus pour son entrée à Wall Street, prévue à l’automne. D’autre part, Anthropic négocie l’acquisition de la start-up israélienne Decart AI pour 6 milliards de dollars. Deux opérations distinctes, mais qui racontent la même histoire : la croissance de l’IA nécessite des capitaux de plus en plus importants, tant pour développer les modèles que pour construire l’infrastructure nécessaire à leur fonctionnement.

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Selon le Financial Times, une demi-douzaine d’investisseurs d’Anthropic estiment que la société pourrait atteindre une valorisation d’au moins 2 000 milliards de dollars lors d’une éventuelle introduction en bourse en octobre. Ce serait la plus grande introduction en bourse de tous les temps et elle dépasserait même celle de SpaceX, évaluée à 1 770 milliards au moment de son introduction. Les investisseurs fondent leurs estimations principalement sur la croissance fulgurante du chiffre d’affaires.

La société dirigée par Dario Amodei avait annoncé en mai avoir dépassé les 47 milliards de dollars de chiffre d’affaires annualisé. Les investisseurs s’attendent désormais à ce que ce chiffre atteigne 100 à 120 milliards d’ici fin 2026, soit plus d’une décuplification au cours de l’année. Une croissance qui, selon les estimations, justifierait des multiples élevés : certaines sociétés considérées comme bénéficiant de l’IA, telles que Palantir et Nebius, se sont négociées cette année à environ 55 fois leur chiffre d’affaires.

Le calcul de la valorisation n’est toutefois pas si simple. Anthropic n’a pas encore fixé le prix auquel elle compte proposer ses actions et les investisseurs élaborent leurs propres modèles. La société a par ailleurs déposé en juin ses documents auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), entrant ainsi dans ce qu’on appelle la « période de silence » qui limite les communications publiques sur ses résultats.

Le défi des coûts

Ce pari sur une valorisation record intervient alors que les incertitudes s’accumulent. Anthropic doit faire face à la concurrence d’OpenAI, de Google et des modèles chinois, aux pressions réglementaires et à une relation de plus en plus compliquée avec le gouvernement américain. Selon certains investisseurs cités par le FT, les tensions avec Washington et les restrictions imposées en juin ont contribué à ralentir temporairement la croissance du chiffre d’affaires.

Il existe par ailleurs un problème encore plus structurel : le coût de fonctionnement de l’IA. Les clients sont de plus en plus sensibles aux prix et, dans certains cas, optent pour des modèles moins puissants mais moins chers. Selon Artificial Analysis, le modèle phare d’Anthropic coûte plus de deux fois et demie celui d’OpenAI, tandis que les modèles chinois « open-weight » sont proposés à des prix bien inférieurs. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’éventuelle acquisition de Decart.

Anthropic propose 6 milliards pour Decart

Selon Bloomberg, Anthropic est en pourparlers pour racheter Decart AI pour environ 6 milliards de dollars. L’opération n’est pas encore conclue et pourrait tomber à l’eau, mais si elle aboutissait, ce serait la plus grande acquisition jamais réalisée par Anthropic, à la veille même d’une éventuelle introduction en bourse.

Decart est une start-up israélienne fondée en 2023 par trois ingénieurs, les frères Dean et Orian Leitersdorf et Moshe Shalev.

Elle développe ce qu’on appelle des « world models », des systèmes d’IA conçus pour simuler le monde physique, avec des applications allant de la conduite autonome au commerce électronique. Mais c’est surtout une autre technologie qui intéresse Anthropic : le logiciel capable d’améliorer l’efficacité des puces et donc de réduire le coût de l’entraînement et du traitement des modèles.

De l’essai virtuel aux vidéos en temps réel

En mai, Decart a levé 300 millions de dollars lors d’un tour de table mené par Radical Ventures, auquel ont participé Nvidia, Atreides Management, Valor Equity Partners et Adobe Ventures, aux côtés des investisseurs existants Sequoia Capital, Benchmark et Zeev Ventures. Ce financement avait porté la valorisation de la start-up à près de 4 milliards de dollars, contre 3,1 milliards en août 2025.

Parmi ses produits figure Lucy AI, un modèle capable d’analyser une vidéo en temps réel et de générer une version haute résolution dans laquelle, par exemple, une personne peut apparaître en train d’essayer une robe ou un sac à main. Une technologie particulièrement intéressante pour le commerce en ligne, où le rendu réaliste des tissus représente depuis longtemps un défi. eBay, qui a investi dans la société, est également l’un de ses clients.

Decart utilise également du texte et des millions d’heures de vidéo pour entraîner ses modèles à comprendre et à simuler les propriétés physiques du monde réel. Cette technologie est également utilisée pour le streaming en direct sur des plateformes telles que Twitch, TikTok et YouTube.

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