Deux indépendants installés dans le même espace de coworking achètent un ordinateur le même mois. Le premier met 480 euros HT dans une machine d’appoint. Le second en met 1 200 euros HT dans une tour capable d’encaisser de la retouche photo toute la journée. Les deux vont inscrire cette dépense dans leurs comptes. Mais l’un la déduira intégralement cette année, l’autre l’étalera sur trois exercices. Et le troisième, en micro-entreprise, ne déduira rien du tout.

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Le matériel informatique reste l’achat professionnel le plus banal qui soit, et probablement celui sur lequel on se trompe le plus souvent au moment de la déclaration.

Le seuil des 500 euros hors taxes

Le partage se joue sur un seuil que l’administration fiscale tolère depuis des années. Le Bulletin Officiel des Finances Publiques est explicite : « Les entreprises sont également autorisées à comprendre parmi leurs charges immédiatement déductibles le prix d’acquisition des matériels et outillages d’une valeur unitaire hors taxes n’excédant pas 500 € » (BOI-BIC-CHG-20-30-10). La même tolérance vaut pour le mobilier de bureau et pour les logiciels.

En dessous de ce seuil, la dépense part directement en charge et vient réduire le résultat de l’année. Au-dessus, le bien entre à l’actif et se déduit petit à petit, sous forme d’amortissement. Un clavier mécanique à 130 euros, un second écran à 220 euros, un disque externe à 90 euros : trois lignes de charges, réglées en une fois.

Le piège se referme sur les configurations complètes. Le seuil s’apprécie par bien, et un ordinateur de bureau n’est pas une collection d’éléments indépendants : la tour, l’écran, le clavier et la souris achetés ensemble forment un ensemble indissociable, dont on additionne les prix. Le BOFiP prend soin de préciser que la tolérance ne s’applique pas « au renouvellement complet » d’un équipement, « même si la valeur unitaire de chaque meuble est inférieure à 500 € hors taxes ». Renouveler cinq postes de travail en une fois, c’est un investissement, pas du petit matériel.

Autant le savoir avant de commander : dès qu’on regarde de puissants PC bureau pour professionnels, processeur récent, mémoire confortable, garantie sur site, la facture dépasse franchement les 500 euros HT et l’amortissement devient la seule voie possible.

Trois ans et deux façons de compter

L’usage retenu par l’administration pour l’amortissement comptable d’un ordinateur est de trois ans, obsolescence oblige. Les imprimantes et copieurs, plus robustes, s’étalent plutôt sur cinq ans.

L’amortissement linéaire découpe la valeur en parts égales : 33,33 % par an. L’amortissement dégressif, réservé aux biens neufs amortis sur au moins trois ans, applique un coefficient de 1,25 au taux linéaire, soit 41,67 % la première année, puis bascule en linéaire quand celui-ci devient plus avantageux. Sur notre tour à 1 200 euros hors taxes achetée en janvier :

Exercice Linéaire Dégressif
Année 1 400 € HT 500 € HT
Année 2 400 € HT 350 € HT
Année 3 400 € HT 350 € HT

Le total ne bouge pas : 1 200 euros HT dans les deux cas. Ce qui change, c’est le calendrier. Le dégressif charge le début, ce qui soulage la trésorerie d’une jeune activité qui dégage déjà du bénéfice. Il n’a aucun intérêt pour une entreprise en perte, où mieux vaut garder de la déduction pour les années où elle servira.

Un détail qui fait perdre quelques euros chaque année : l’amortissement se calcule au prorata temporis. Une machine mise en service le 1er juillet ne donne droit qu’à la moitié de l’annuité sur le premier exercice. Le linéaire compte à partir de la mise en service, le dégressif à partir du premier jour du mois d’acquisition.

Ce que la déduction fiscale vous rapporte réellement

Déduire 1 200 euros HT ne veut pas dire économiser 1 200 euros. Une charge réduit le bénéfice imposable, et le gain dépend de la tranche dans laquelle vous vous situez. À l’impôt sur le revenu, 1 200 euros déduits représentent 132 euros d’impôt en moins si votre taux marginal d’imposition est de 11 %, et 360 euros s’il est de 30 %. Pour une société à l’impôt sur les sociétés, le taux réduit de 15 % sur les premiers bénéfices ramène l’économie à 180 euros.

La TVA, elle, se récupère intégralement quand vous y êtes assujetti : 240 euros sur une facture de 1 440 euros TTC. C’est souvent l’économie la plus immédiate, et celle qu’oublient les indépendants qui viennent de franchir les seuils de franchise. Ceux qui affichent encore la mention « TVA non applicable » sur leurs factures ne récupèrent rien : pour eux, l’ordinateur coûte son prix TTC.

Mis bout à bout, sur notre exemple à 1 440 euros TTC : 240 euros de TVA récupérée, 360 euros d’impôt évité sur trois ans dans la tranche à 30 %. Le coût réel tombe à 840 euros. L’écart avec le prix affiché justifie souvent de monter en gamme plutôt que de racheter une machine deux ans plus tard.

Dernier point de vigilance : l’usage mixte. Un ordinateur qui sert aussi le soir à la famille ne se déduit qu’à hauteur de la part professionnelle. Sur une machine à 900 euros utilisée à 70 % pour l’activité, la base d’amortissement tombe à 630 euros. Cette quote-part se justifie en cas de contrôle, et régler l’achat depuis un compte bancaire dédié à l’activité aide à tenir la frontière.

En micro-entreprise, l’ordinateur ne se déduit pas

C’est la mauvaise surprise. Le régime micro remplace toutes les charges par un abattement forfaitaire : 71 % pour la vente de marchandises, 50 % pour les prestations de services commerciales et artisanales, 34 % pour les activités libérales, avec un minimum de 305 euros. Aucune dépense réelle ne vient s’y ajouter, et aucun amortissement n’est possible. Que vous achetiez un ordinateur à 400 ou à 2 000 euros HT, votre revenu imposable est identique.

Un consultant libéral qui facture 40 000 euros HT bénéficie de 13 600 euros d’abattement. S’il dépense réellement 6 000 euros entre matériel, logiciels et déplacements, le forfait lui est largement favorable et il n’a aucune raison d’en changer. S’il en dépense 18 000, le régime réel lui fait gagner de l’argent, au prix d’une comptabilité à tenir.

Les seuils, eux, ont bougé au 1er janvier 2026 : 203 100 euros HT de chiffre d’affaires pour la vente de marchandises et l’hébergement, 83 600 euros HT pour les prestations de services et les activités libérales, pour la période 2026-2028. Des plafonds qui ne concernent que le régime d’imposition, et qu’il ne faut pas confondre avec ceux de la franchise en base de TVA.

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