
Le cap annoncé par le gouvernement tient en une formule : réduire le déficit d’un tiers. La commission des comptes de la Sécurité sociale l’attend à 23,2 milliards d’euros en 2026, alors que le budget voté en décembre misait sur 19,4 milliards. Enlever un tiers, c’est viser autour de 15,5 milliards l’an prochain. Côté État, les pistes d’économies du budget 2027 suivent la même logique de rabot.
Santé : la facture glisse vers le patient et la mutuelle
Le plafond des franchises était bloqué à 50 euros depuis 2005. Il passe à 70 euros, tout comme celui des participations forfaitaires. Le gouvernement visait d’abord 200 euros. Il a reculé. « Le doublement annoncé n’a pas été compris », a reconnu la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, dans Le Figaro.
Qui paiera le plus ? Les malades chroniques. Selon la Cour des comptes, les patients en affection de longue durée versent déjà en moyenne 78 euros par an, contre 41 euros pour les autres assurés. Votre mutuelle ne vous remboursera rien : les contrats responsables n’en ont pas le droit. Seuls les bénéficiaires de la Complémentaire Santé Solidaire en sont exonérés.
En janvier, l’Assurance maladie baissera aussi sa part sur les consultations et certains soins dentaires, ainsi que sur les dispositifs médicaux : 50 % au lieu de 60 %. Les transports sanitaires passent de 55 % à 50 %. Sur 100 euros de base de remboursement, 10 euros basculent vers la complémentaire. Même traitement pour les médicaments à service médical rendu faible ou moyen, comme le Gaviscon ou certains laxatifs. Gain espéré : plus d’un milliard d’euros par an.
Retraités : une ligne de partage à 1260 euros
D’après un avant-projet consulté par Le Monde, les pensions (base et complémentaire additionnées) resteraient indexées sur l’inflation jusqu’à 1 260 euros par mois. Entre 1 260 et 2 034 euros, la revalorisation serait partielle. Au-delà, plus rien. Avec une inflation de 1,5 %, un retraité à 2 500 euros renoncerait à 37,50 euros par mois, soit 450 euros sur l’année.
Second levier : l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions. Son plafond descendrait de 4 439 euros à 3 000 euros par foyer. Le Sénat avait déjà avancé ce chiffre à l’automne 2025, sans succès. Seuls les foyers qui déclarent plus de 30 000 euros de pensions par an seraient touchés. Pour un couple à 80 000 euros, le revenu imposable grimperait de 1 439 euros. Dans la tranche à 30 %, cela fait environ 430 euros d’impôt en plus.
Matignon attend « plusieurs milliards » de cet effort, moins que les 6 milliards d’abord évoqués. À mettre en regard d’un autre chiffre : la suspension de la réforme des retraites coûtera 1,8 milliard en 2027.
Arrêts maladie, APL, allocations : les chantiers encore ouverts
Les indemnités journalières ont coûté 17,9 milliards en 2025. Le Premier ministre veut en retirer environ 2 milliards, sans dire comment il y parviendrait. Une partie est déjà engagée : la durée d’indemnisation dérogatoire de certaines pathologies (dépression légère, troubles musculo-squelettiques) tombe de trois ans à un an. Un décret réduira aussi le salaire maximal retenu après un accident du travail ou une maladie professionnelle, pour 270 millions d’économies. Le reste se jouera avec les partenaires sociaux, à qui le gouvernement réclamerait au moins 600 millions, selon Les Echos. La Cour des comptes, elle, suggère d’allonger le délai de carence, aujourd’hui de trois jours dans le privé.
Côté famille, les APL versées par la branche famille (16,4 milliards d’euros) seront gelées et l’allocation de rentrée scolaire serait « recentrée ». En contrepartie, un prêt à taux zéro « natalité » est promis aux familles qui achètent. Le gouvernement veut enfin un délai de carence pour l’accès des étrangers aux aides non contributives, alors que des restrictions existent déjà, selon des experts cités par l’AFP.
Un budget voté à quelques mois de la présidentielle
Ce texte sera le dernier budget social avant l’élection d’avril et mai 2027. Fin 2024, la sous-indexation partielle des pensions proposée par Michel Barnier avait compté parmi les déclencheurs de sa censure. Un an plus tard, le budget de la Sécu n’était passé qu’à 247 voix contre 234. Rien ne garantit que les seuils de 1 260 et 2 034 euros survivront au débat.
Autre motif de prudence : les dépenses d’assurance maladie ne progresseraient que de 2 % à 2,1 % en 2027, contre plus de 3 % ces dernières années. Or, selon la commission des finances du Sénat, cet objectif n’a jamais été tenu depuis 2017.



