Vous investissez déjà 10 € dans des projets immobiliers via une application. Et si, demain, la même application vous proposait un crédit immobilier ? C’est le cap que veut franchir Bricks, la plateforme montpelliéraine de crowdfunding immobilier. Son plan : racheter une banque européenne pour environ 30 millions d’euros. Pas pour récupérer des agences, mais pour mettre la main sur ce qui vaut de l’or dans ce métier : un agrément bancaire.

Pourquoi passer par un rachat plutôt que tout construire ?

Obtenir une licence bancaire de zéro prend des années. Racheter un établissement déjà agréé va beaucoup plus vite. Encore faut-il convaincre le superviseur. Tout changement de contrôle d’une banque doit être validé par les autorités prudentielles, qui vérifient la solidité des fonds propres et la qualité de la gouvernance. Bricks ne cache pas la difficulté : dans sa communication, l’entreprise présente ses objectifs à titre indicatif, sans promesse de résultat. Autrement dit, rien n’est joué.

Le vrai atout : une base de 700 000 inscrits

Ce qui rend le projet crédible, c’est l’audience. La plateforme revendique plus de 700 000 membres inscrits et près de 300 000 utilisateurs actifs sur mobile. Peu de jeunes banques démarrent avec un tel réservoir de clients déjà habitués à investir depuis leur téléphone. En 2025, Bricks a financé 176 millions d’euros de projets, en hausse de plus de 90 % sur un an. De quoi asseoir une future activité de crédit sur une clientèle qui connaît déjà la maison.

Une histoire mouvementée, à ne pas oublier

Le parcours n’a pourtant rien d’un long fleuve tranquille. Lancée en 2021 avec un modèle de « royalties immobilières », la société avait été rappelée à l’ordre par l’AMF fin 2022, avant de suspendre cette activité. Elle a rebondi en juillet 2023 en décrochant l’agrément européen de Prestataire de Services de Financement Participatif (numéro FP-2023-8), et s’est recentrée sur un modèle obligataire mieux encadré. Un rendement affiché entre 7 % et 13 % brut par an, mais avec un vrai risque de perte en capital et d’illiquidité, comme le rappelle la plateforme elle-même.

Reste la question de fond : une communauté d’investisseurs suffit-elle à faire un bon banquier ? Séduire des épargnants avec des tickets à 10 €, c’est une chose. Tenir les exigences d’un régulateur bancaire, en voici une autre. Et vous, vous confieriez votre crédit immobilier à une appli née dans le crowdfunding ?