
Depuis 2022, la loi Lemoine autorise la résiliation à tout moment, sans frais ni pénalité. Quatre ans plus tard, une majorité d’emprunteurs n’a toujours pas bougé d’assurance emprunteur. En 2024, seuls 17 % d’entre eux avaient changé d’assurance. La raison est rarement le calcul : c’est la peur des démarches et l’impression que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Voyons si c’est vraiment le cas.
Le contrat groupe de la banque, ce réflexe qui coûte cher
Quand vous empruntez, votre banque vous propose son contrat « groupe ». Le principe : un tarif unique qui mutualise les risques de tous ses clients. Pratique, rapide, mais rarement à votre avantage. Un emprunteur jeune et en bonne santé paie le même taux qu’un profil plus risqué. Vous financez les autres emprunteurs.
La délégation d’assurance fonctionne autrement. Un assureur externe regarde votre dossier : votre âge, votre métier, votre état de santé. Le tarif suit en conséquence. Des acteurs comme APRIL se sont spécialisés sur ce créneau et l’écart de prix avec les banques s’est creusé année après année.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, un contrat groupe bancaire affiche un taux moyen autour de 0,34 % du capital emprunté. En délégation, un profil standard descend régulièrement à 0,08 %. Pour un même prêt, la différence se compte parfois en milliers d’euros.
Combien peut-on économiser avec une délégation d’assurance ?
Prenons un prêt de 250 000 € sur une durée de remboursement de 20 ans. Avec un contrat groupe à 0,36 %, l’assurance vous coûte environ 900 € par an, soit 18 000 € sur la durée de l’emprunt. Basculez vers une délégation d’assurance à 0,12 % : la facture annuelle tombe autour de 300 €, soit 6 000 € au total.
L’économie atteint donc près de 12 000 €. De quoi financer une cuisine équipée, une voiture, ou simplement réduire le coût réel de l’achat de votre bien immobilier. Et plus vous agissez tôt, plus le gain est élevé : l’assurance se calcule sur le capital restant dû, qui se réduit avec les années. Attendre dix ans pour résilier, c’est laisser la moitié des économies possibles partir en fumée.
Changer d’assurance emprunteur, étape par étape
Le changement tient en quatre étapes. D’abord, vous comparez les offres et choisissez un nouveau contrat dont les garanties sont au moins équivalentes à celles de la banque. C’est la seule condition imposée par la loi : le fameux principe d’équivalence des garanties.
Ensuite, vous transmettez à votre banque le nouveau contrat accompagné de la fiche standardisée d’équivalence. La banque doit répondre sous dix jours ouvrés. En cas d’accord, elle édite un avenant à votre prêt et la bascule s’opère sans interruption de couverture. Vous n’avez ni frais à payer, ni date anniversaire à respecter, ni renégociation de votre taux de crédit à craindre.
A savoir : les banques ne peuvent plus traîner impunément. Entre septembre et octobre 2025, la DGCCRF a sanctionné quatre grands réseaux bancaires pour avoir dépassé ce délai de dix jours, avec des amendes allant jusqu’à plus de 320 000 €. Le message est clair, et il joue désormais en votre faveur.
Pourquoi encore peu de gens franchissent le pas ?
Le frein n’est pas technique, il est psychologique. Le Comité consultatif du secteur financier l’a observé : 58 % des substitutions sont initiées par les profils les plus aisés, souvent mieux informés et mieux accompagnés. Autrement dit, l’économie existe pour tout le monde, mais seule une partie des emprunteurs la saisit.
Pour le CCSF, la responsabilité revient aussi aux assureurs, invités à mieux communiquer sur ce droit. En attendant, la balle reste largement dans votre camp. Le dossier ne prendra pas plus d’une après-midi à monter, la banque a dix jours pour répondre et l’économie à la clé se chiffre en milliers d’euros. Alors, combien d’années êtes-vous prêt à payer votre assurance deux fois trop cher avant de sauter le pas ?



