
armi les litiges qui ont retenu l’attention des investisseurs ces derniers mois, celui concernant Warner Bros Discovery (WBD) a été résolu, avec la victoire de Paramount Skydance face à Netflix. Le groupe dirigé par David Ellison a en effet augmenté son offre initiale jusqu’à 111 milliards de dollars, remportant ainsi les droits de propriété intellectuelle (IP) de Batman, Star Trek, Mission Impossible et Harry Potter, en plus de la chaîne de télévision CNN.
C’est ainsi qu’est né un groupe générant plus de 70 milliards de dollars de revenus, tandis que la plateforme cofondée par Reed Hastings, qui ne visait que les studios et le streaming, a préféré se retirer après la dernière relance de 31 dollars par action proposée par Paramount pour l’ensemble de la société, car le prix demandé pour égaler cette offre rendait, selon les déclarations de l’entreprise, « l’accord financièrement moins intéressant ».
D’ailleurs, la société dirigée par le PDG David Zaslav a enregistré dans son bilan du dernier trimestre des progrès significatifs dans le domaine du streaming (HBO Max), qui a atteint 140 millions d’abonnés, tandis que l’EBITDA de la télévision linéaire a baissé de 20 % au cours de l’année, un chiffre attendu, mais néanmoins décourageant.
Le verdict du marché
Dans l’attente de l’assemblée générale des actionnaires de WBD du 20 mars prochain, qui sera appelée à approuver définitivement l’offre de Paramount, et de la procédure d’autorisation de l’opération qui pourrait soulever quelques doutes en matière d’antitrust, un premier verdict est tombé sur le marché, avec le titre Netflix en hausse de 10 % à mi-séance à Wall Street, tout comme Paramount qui gagne 14 %, tandis que Warner a perdu 2 %. S’agit-il d’une réaction émotionnelle ou d’une tendance qui va se poursuivre ?
Les analystes des grandes banques d’investissement ont jonglé entre estimations et prévisions, révisant les prix cibles et les évaluations, en faveur de l’un ou l’autre titre.
Pour Laurent Yoon, spécialiste chez Bernstein, la décision de Netflix, qui compte 325 millions d’abonnés dans le monde, de se retirer du terrain est bénéfique pour tous. Il réitère notamment son avis « outperform » (performance supérieure au marché) sur le géant de Los Gatos (Californie).
Les raisons sont simples : une fois passée la phase d’incertitude, qui avait vu le titre descendre sous les 80 dollars, la direction peut à nouveau se concentrer sur ce qui guide son activité : les fondamentaux. « Cette formule a fonctionné et nous pensons qu’elle continuera à fonctionner », explique M. Yoon, même si des problèmes persistent.
Les préoccupations relatives à l’engagement persistent, en raison de la concurrence des réseaux sociaux, mais un meilleur contenu génère un engagement accru et Netflix augmente à nouveau ses investissements dans ce domaine, jusqu’à 20 milliards de dollars cette année. S’il décidait ensuite d’augmenter le prix des abonnements, l’impact sur les marges bénéficiaires et les bénéfices serait, selon M. Yoon, positif, grâce à son « statut d’utilité publique ».
Une question reste toutefois en suspens : quelles autres options le groupe dirigé par Ted Sarandos pourrait-il envisager, grâce à une disponibilité de plus de 70 milliards de dollars, pour garantir la viabilité à long terme de son moteur de production et de distribution de contenu ? En résumé : y a-t-il d’autres cibles en vue ?
James Heaney, de Jefferies, est également optimiste à l’égard de Netflix (notation « acheter » et objectif de cours de 134 dollars), car il estime que les craintes liées à l’engagement et à l’intelligence artificielle sont exagérées. Au contraire, il voit un potentiel de croissance accélérée et d’expansion des marges bénéficiaires en 2027, dans le sillage d’une nouvelle augmentation du poids spécifique aux États-Unis.
Paramount et Warner
Dans le cas de Paramount, le risque de payer un prix trop élevé pour WBD est contrebalancé par celui de connaître une trajectoire de croissance autonome mais médiocre, si elle n’avait pris aucune mesure. Après être entrée dans la partie, elle a essayé de jouer au mieux, mais en supposant que les obstacles réglementaires seront surmontés, elle se retrouvera avec près de 100 milliards de dollars de dette et un effet de levier financier supérieur à 6 fois, souligne Bernstein.
C’est précisément sur cet aspect qu’elle devra agir dès que possible. Pour WBD, dont les actions ont augmenté de plus de 100 % depuis que Paramount a manifesté son intérêt pour la première fois en septembre, le scénario est en revanche plus incertain. L’offre gagnante d’Ellison ne dissipe pas les autres incertitudes. À cet égard, Ric Prentiss, analyste chez Raymond James, a abaissé la note du titre à « sous-performant » (performance inférieure au marché) car l’attrait spéculatif qui avait fait grimper le titre a désormais disparu.
Entre-temps, le marché s’interroge déjà sur les prochaines cibles. Selon beaucoup, il pourrait s’agir de Lionsgate : c’est une mini-major beaucoup plus facile à acquérir que WBD et le nombre d’intéressés pourrait être important. Cependant, il s’agit là d’un autre scénario…



