Plusieurs pays sont dans le collimateur de l’Union européenne pour leur déficit excessif. La France risque elle aussi une crise des comptes publics et des réprimandes de la part de Bruxelles. Après avoir dépensé au-delà de ses moyens pendant des décennies, Paris devra démontrer dans les semaines à venir comment elle évitera un resserrement budgétaire qui met en péril sa note de crédit et pourrait même entraîner la chute du gouvernement du président Emmanuel Macron. C’est l’hypothèse la plus extrême mais pas impossible pour les analystes de Reuters.

Le contexte social, politique et économique n’est pas le meilleur pour le pays : les services publics les plus importants sont réduits au moment même où Emmanuel Macron et ses alliés font campagne pour les élections européennes de juin et où Paris se prépare à accueillir les Jeux olympiques – une cible possible pour des manifestations de rue en colère.

Juste avant Pâques, la France a annoncé un déficit budgétaire de 5,6 % pour 2023, dû en grande partie à des recettes inférieures aux prévisions, ce qui devrait faire grimper la trajectoire du ratio dette/PIB du pays. Selon plusieurs experts, une procédure de déficit excessif pour la France et dix autres États membres semble inévitable. Cela nécessiterait une surveillance plus stricte et la mise en œuvre d’efforts d’assainissement à partir de 2025.

La France, habituée à une surveillance étroite en raison de son endettement élevé, risque donc de tomber dans le piège des comptes publics.

La France est-elle sur le point d’exploser dans une crise économique ?

La France est prise en étau entre les dépenses publiques à garantir et les coupes nécessaires pour empêcher le déficit de plonger. Les ministres français reconnaissent que les 10 milliards d’euros de réduction des dépenses d’urgence déjà proposés dans le budget de cette année ne suffiront pas et que de nouvelles mesures devront être adoptées par voie législative.

Toutefois, les dépenses de l’État ayant atteint 57 % de la production nationale au fil des ans, soit le niveau le plus élevé de toutes les économies développées, il sera difficile de trouver des domaines dans lesquels il est possible de procéder à des réductions. Parmi les services mentionnés par le ministre des finances, Bruno Le Maire, figurent les transports sanitaires, notamment les taxis privés qui transportent chaque jour des milliers de patients français entre leur domicile et leur lieu de rendez-vous, l’État prenant à sa charge la majeure partie des frais.

Bruno Le Maire affirme que la France ne peut plus se permettre de telles largesses, estimant le coût total des transports sanitaires pour la population vieillissante à 6 milliards d’euros par an, soit près du double du budget total du ministère de la culture.

Mais les chauffeurs de taxi, furieux du gel des tarifs du transport médical réglementé par l’État à partir de 2018, ripostent. Ils ont déjà bloqué des routes dans les grandes villes pour protester cette année et prévoient d’autres perturbations à l’approche des Jeux olympiques. Le gouvernement a d’autres domaines de dépenses dans sa ligne de mire : des allègements fiscaux pour les entreprises et du soutien de l’État à la formation professionnelle, à un éventuel resserrement des prestations de maladie de longue durée et à des réductions des subventions de l’État à la prestigieuse industrie cinématographique du pays.

Bien qu’il ait largement manqué l’objectif de déficit de l’année dernière et que celui de cette année soit également menacé, le gouvernement Macron ne veut pas perdre l’espoir de ramener le déficit budgétaire en dessous de la limite européenne de 3 % d’ici 2027, à la fin du mandat de cinq ans d’ Emmanuel Macron.

Les difficultés politiques et économiques de Paris

Les législateurs de gauche et même certains membres du propre parti de M. Macron préconisent des impôts plus élevés sur les entreprises les plus riches ou les plus rentables comme solution au dilemme fiscal de la France. Bien que le Premier ministre Gabriel Attal soit prêt à envisager une taxe sur les bénéfices excessifs, des augmentations plus importantes iraient à l’encontre du mantra du gouvernement “pas de nouveaux impôts” depuis que Macron a été élu pour la première fois en 2017.

Pour le gouverneur de la banque centrale, François Villeroy de Galhau, le problème sous-jacent est que les gouvernements successifs ont laissé les dépenses croître plus rapidement que l’inflation pendant des décennies. Entre-temps, le déficit en 2023 a largement dépassé l’objectif de 4,9 % fixé par le gouvernement. L’agence de notation Moody’s a déclaré que pour atteindre l’objectif de déficit de 4,4 % fixé pour cette année, il faudrait réduire le PIB d’un point de pourcentage, soit environ 28 milliards d’euros, ce qui n’a été fait qu’une seule fois depuis 2000, si l’on fait abstraction des circonstances exceptionnelles de la pandémie de grippe aviaire.

Fitch et Moody’s ont toutes deux une perspective stable sur la dette souveraine française de 2 460 milliards d’euros – qui n’a cessé d’augmenter pour atteindre 112 % de la production – et S&P a une perspective négative sur sa note AA, prête à être dégradée. Pendant ce temps, la société française, habituée à des mobilisations même très intenses, reste en alerte.