Il dort dans un coin de vos comptes depuis quinze ou vingt ans. Vous ne savez plus très bien ce qu’il rapporte, ni si vous avez encore le droit d’y verser. Le Plan Épargne Logement est le produit bancaire le plus mal compris de France, parce qu’il n’existe pas un PEL mais trois générations de PEL, avec trois régimes différents. Voici comment savoir dans quel cas vous êtes.

livret argent

Les taux au 1er août 2026

Pour les plans ouverts depuis le 1er janvier 2026, le taux du PEL est de 2 % bruts, contre 1,75 % pour ceux ouverts en 2025. Le compte épargne logement, lui, est passé à 1,25 % brut au 1er août 2026. Ces taux sont bruts, et c’est là que tout se joue. Depuis le 1er janvier 2026, la flat tax est passée de 30 % à 31,4 %. Après impôt :

  • PEL ouvert en 2026 : 1,37 % net
  • CEL : 0,86 % net
  • Livret A, pour comparaison : 1,70 % net

Un PEL neuf rapporte donc moins qu’un Livret A, tout en bloquant votre argent au moins quatre ans. Sur le seul critère du rendement, ouvrir un PEL en 2026 n’a aucun intérêt.

Trois générations, trois règles

Les PEL ouverts avant le 1er mars 2011

Ce sont les plus généreux, avec des taux contractuels qui montent jusqu’à 3,5 % ou 4 % selon l’année d’ouverture. Ils ne peuvent plus être alimentés au-delà de leur durée de vie maximale, mais tant qu’ils vivent, ils servent un taux qu’aucun placement garanti ne concurrence aujourd’hui.

Les PEL ouverts entre 2011 et fin 2017

Taux contractuel figé à l’ouverture, entre 1 % et 2,5 % selon l’année. Les intérêts échappent à l’impôt sur le revenu pendant les douze premières années, mais restent soumis aux prélèvements sociaux, désormais à 18,6 %. Au-delà de douze ans, la fiscalité complète s’applique.

Les PEL ouverts depuis le 1er janvier 2018

Fiscalisés à la flat tax dès le premier euro d’intérêt, et privés de la prime d’État. C’est cette génération qui a vidé le produit de son intérêt. Pour savoir dans quelle catégorie vous êtes, un seul document suffit : le contrat d’ouverture, ou à défaut le relevé annuel qui mentionne le taux contractuel.

La prime d’État, ce qu’il en reste

La prime d’État a longtemps constitué l’argument commercial du PEL. Elle a été supprimée pour tous les plans ouverts à compter du 1er janvier 2018. Pour les plans antérieurs, elle existe encore mais reste conditionnée : elle n’est versée que si vous utilisez effectivement vos droits à prêt épargne logement pour financer un achat immobilier.

Son montant est plafonné à 1 000 €, porté à 1 525 € pour un logement performant énergétiquement. Autrement dit, si vous ne comptez pas emprunter via votre PEL, la prime ne vous concerne pas.

Le prêt épargne logement vaut-il encore quelque chose ?

C’était la contrepartie du placement : épargner à taux modéré pour emprunter à taux garanti. Le taux du prêt est fixé à l’ouverture du plan, en général le taux de rémunération majoré d’environ 1,7 point.

Un PEL ouvert en 2016 à 1,5 % donne accès à un prêt autour de 3,2 %. Un PEL ouvert en 2026 à 2 % donne un prêt autour de 3,7 %. À comparer avec les taux du marché : les crédits immobiliers classiques se négocient aujourd’hui à des niveaux souvent proches, parfois inférieurs, et sur des montants bien supérieurs.

Car c’est là le second problème : le prêt épargne logement est plafonné à 92 000 €, et le montant réellement accordé dépend des intérêts acquis. Beaucoup de détenteurs découvrent qu’ils ont droit à un prêt de 20 000 ou 30 000 €. Utile en complément, insuffisant pour financer un achat.

Alors, on garde ou on ferme ?

Gardez sans hésiter si votre PEL date d’avant 2011 et sert plus de 2,5 %. Vous détenez un placement garanti que plus personne ne propose. Continuez à l’alimenter si le plan le permet encore, dans la limite du plafond de 61 200 €.

Réfléchissez si votre PEL date de 2011 à 2017. Comparez le taux contractuel net à 1,70 %. Au-dessus, gardez. En dessous, et si vous n’avez aucun projet immobilier, l’argent travaillera mieux ailleurs.

Fermez sans regret un PEL ouvert depuis 2018 à moins de 1,5 % brut, sauf projet d’achat concret dans les deux ans. Un versement de 61 200 € sur un plan à 1 % net coûte plusieurs centaines d’euros par an en manque à gagner face à un compte à terme ou un fonds euros correct.

Deux pièges à connaître avant de clôturer

Un PEL doit rester ouvert au moins quatre ans pour conserver son taux et ses droits à prêt. Une clôture avant deux ans ramène la rémunération au taux du CEL. Entre deux et trois ans, vous conservez les intérêts mais perdez les droits à prêt.

Second point : un retrait partiel est impossible. Sur un PEL, tout retrait entraîne la clôture. Le CEL, lui, fonctionne comme un livret classique et autorise les retraits libres, avec un plafond de 15 300 €.

Un vieux PEL à 3,5 % est un petit trésor. Un PEL neuf à 1,37 % net est un livret A moins bon et moins souple.

Sources

  • Ministère de l’Économie, taux de l’épargne réglementée au 1er août 2026
  • Code de la construction et de l’habitation, régime de l’épargne logement
  • Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (prélèvements sociaux à 18,6 %, flat tax à 31,4 %)