Il est rare qu’une offre de 53 milliards soit annoncée par les médias américains, sans être démentie, sans que l’on sache qui sont les conseillers des deux parties et leurs conseillers juridiques. Celle lancée par Stripe, dirigée par le cofondateur Patrick Collison, et par le fonds de capital-investissement Advent International à l’encontre de PayPal, dans le secteur des paiements électroniques, est une offre renforcée par des lignes de crédit de 50 milliards de dollars proposées par plusieurs institutions financières, dont Morgan Stanley et JPMorgan.

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Mais nombreux sont ceux qui estiment que la bataille ne fait que commencer et que des hausses sont probables, car l’offre initiale propose des multiples inférieurs aux moyennes du secteur. D’après The Information, PayPal pourrait même intéresser SpaceX d’Elon Musk, qui figurait parmi les fondateurs de la première et souhaite renforcer sa présence dans le domaine des paiements électroniques. Sans exclure le scénario d’un démantèlement qui verrait PayPal rester indépendant après avoir cédé une ou plusieurs de ses divisions.

Pour des raisons de droit de la concurrence, en revanche, on estime peu probable qu’un géant tel qu’Apple ou Google s’implique dans la course à PayPal. À l’inverse, des groupes leaders du capital-investissement comme Blackstone ou KKR pourraient faire monter les enchères et entrer dans la course, tandis que le concurrent Block pourrait s’associer à Stripe et Advent en mettant sur la table ses propres actions pour augmenter l’offre globale.

Tout cela pour un groupe qui compte 439 millions de clients et occupe la sixième place parmi les opérateurs de cartes de crédit aux États-Unis, tandis que Stripe se classe quatrième dans ce même secteur et a récemment été évalué à plus de 150 milliards de dollars, contre 42 milliards pour son rival (selon la cotation de début juillet).

L’objectif de Stripe

Stripe vise à se renforcer dans le domaine des services aux consommateurs, compte tenu de sa position dominante dans les services aux entreprises, mais aussi à devenir plus compétitive en matière d’actifs numériques, tels que les stablecoins et les cryptomonnaies, proposés à sa clientèle. Dans le même temps, une acquisition permettrait à Stripe de réduire progressivement son recours à Visa et Mastercard pour ses transactions et de renforcer son contrôle sur les données relatives aux transactions ainsi que sur les identifiants de paiement.

Et qu’en est-il des lignes de crédit dans le cadre de cette offre ? Stripe, en tant que société non cotée, ne peut pas proposer ses propres actions aux actionnaires de son concurrent ; les liquidités doivent donc être mises sur la table dès le départ. Du côté des consommateurs, PayPal subit la concurrence de Google et d’Apple Pay, et son Venmo (service de paiement électronique entre particuliers, proposé pour l’instant uniquement aux États-Unis à 90 millions de personnes) n’est pas très rentable, malgré sa popularité.

L’offre elle-même, rapportée initialement par Reuters mais non annoncée par les parties concernées, s’élève à 60,5 dollars par action, soit une prime de 28 % par rapport au dernier cours de PayPal, qui se négociait pourtant presque à son plus bas niveau depuis dix ans.

L’année dernière, PayPal a traité des paiements à l’échelle mondiale pour un total de 1 900 milliards de dollars, soit une hausse de 7 %, contre +34 % pour son rival Stripe, qui a traité des paiements pour 1 790 milliards, n’est pas coté en bourse et faisait déjà l’objet, en février, de rumeurs concernant une éventuelle offre de PayPal.

Stripe est le leader mondial des paiements électroniques commerciaux, tandis que PayPal l’est pour les paiements grand public, même si les deux sociétés sont présentes et en concurrence directe sur ces deux fronts. Advent, quant à lui, gère 90 milliards de dollars d’actifs et compte à son actif plusieurs acquisitions dans ce secteur, comme celle de la société canadienne Nuvei pour 6,3 milliards de dollars ou l’investissement de 430 millions de dollars dans la société brésilienne Ebanx.

La partie est encore ouverte

Le conseil d’administration de PayPal examinera l’offre dans les prochains jours, mais nombreux sont ceux qui pensent que les chiffres initiaux sont appelés à augmenter. Pour trois raisons :

  1. l’offre est loin des plus hauts historiques atteints par les actions de PayPal ces dernières années.
  2. Il ne manque pas d’autres prétendants potentiels qui pourraient entraîner une surenchère
  3. PayPal a elle-même nommé en février un nouveau PDG, Enrique Lores, issu de HP, et lancé en avril une restructuration importante avec la création de trois divisions, ce qui pourrait renforcer la défense de son indépendance.

L’objectif est de réaliser 1,5 milliard de dollars d’économies sur les coûts, notamment grâce à une réduction de 20 % des effectifs. PayPal elle-même étudie depuis un certain temps ses alternatives stratégiques, avec deux banques d’affaires telles que Goldman Sachs et Evercore, et tout porte à croire que ce sont elles qui seront les conseillers.

Dans le même temps, les analystes notent que PayPal génère 5,6 milliards par an de liquidités et pourrait faire augmenter son endettement, qui s’élève aujourd’hui à 2 milliards de dollars. À cela s’ajoute le fait que Stripe souhaiterait gérer PayPal comme une division indépendante, tandis que le consortium avec Advent verrait les deux parties détenir chacune 50 % du capital.

Fondamentalement, comme l’explique le PDG d’Usio, Louis Hoch, « alors que les paiements sont de plus en plus liés aux logiciels et que les marges sur les transactions se réduisent, la taille des entreprises devient l’un des principaux avantages concurrentiels du secteur ».