
Un décret qui débloque des dossiers sous tension
Jusqu’ici, beaucoup de futurs retraités étaient coincés dans un entre-deux. Le principe de la suspension était voté depuis fin 2025, mais sans décret, les caisses ne pouvaient pas valider de date avancée. Michel, 61 ans, racontait sa situation à Ouest-France : sa retraite glissait du 1er janvier 2027 au 1er octobre 2026, sans qu’il puisse l’annoncer à son employeur.
La Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) a confirmé à MoneyVox que l’enregistrement des dossiers avec point de départ au 1er septembre ou au 1er octobre 2026 est désormais effectif. Les premières notifications seront envoyées au plus tard fin août, pour un premier versement au 9 octobre.
Qui est concerné ?
La suspension touche les générations 1964 à 1968. Mais attention, tout le monde n’y gagne pas la même chose. Le directeur de l’Assurance retraite Renaud Villard a posé un chiffre clair : 64 000 personnes pourront partir plus tôt en 2026 grâce au texte, dont 10 000 à 15 000 au titre des carrières longues. À mettre en perspective avec les 854 000 retraites qui devraient être liquidées sur l’année. Moins d’un départ sur dix, donc.
Le gain varie selon votre profil :
- Né en 1964 ou 1965 : vous gagnez à la fois sur l’âge légal et sur le nombre de trimestres requis (170 ou 171 au lieu de 172).
- Né entre 1966 et 1968 : vous gagnez un trimestre, soit trois mois de moins à travailler.
- Né au premier trimestre 1965 : deux trimestres de cotisation en moins.
Combien de trimestres pour une retraite à taux plein ou un départ anticipé ?
| Année de naissance | Trimestres minimum requis |
|---|---|
| 1963 | 170 trimestres soit 42 ans et 6 mois |
| 1964 |
170 trimestres soit 42 ans et 6 mois |
| 1965 (janvier – mars) |
170 trimestres soit 42 ans et 6 mois |
| 1965 (avril – décembre) |
171 trimestres soit 42 ans et 9 mois |
| 1966 et suivantes | 172 trimestres soit 43 ans |
Un exemple chiffré pour bien comprendre
Prenons une personne née en juillet 1965, qui a commencé à travailler avant 20 ans. Avant le décret, il lui fallait 172 trimestres pour partir en carrière longue. Avec la suspension, ce sera 171 si elle attend le 1er septembre 2026. Concrètement, si elle valide son 171e trimestre au 1er octobre, elle peut partir ce jour-là au lieu d’attendre janvier 2027. 3 mois de retraite gagnés, soit environ 4 500 € à 6 000 € de pension supplémentaire selon le montant mensuel.
Deux décrets manquent encore à l’appel
Le texte du 8 mai ne règle pas tout. Deux autres décrets sont en attente, comme le précise la Cnav : l’un sur l’intégration de deux trimestres « enfants » dans la durée cotisée pour les carrières longues, l’autre sur le calcul des 23 ou 24 meilleures années (au lieu de 25) pour les mères de famille.
Claude Wagner, de la CFDT-Retraités, prévient :
« Il y aura un afflux d’ouvertures du droit dès septembre 2026, et l’attente est réelle.»
Pour lui, ce sont surtout les mères de famille qui guettent ces textes, car elles cumulent souvent le trimestre gagné par la suspension et deux trimestres au titre des enfants.
Combien la mesure coûte à la collectivité ?
La suspension n’est pas gratuite. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a chiffré la facture à 400 millions d’euros en 2026 et 1,8 milliard en 2027. La Fondation IFRAP pousse plus loin et estime que si la mesure était prolongée jusqu’en 2035, le déficit cumulé pourrait gonfler de 18 à 20 milliards d’euros. La conférence sur les retraites annoncée par le gouvernement devra trouver des pistes pour compenser, sans quoi le dispositif s’arrêtera bien après 2028.
En attendant, pour les premiers concernés, le message est simple : il est temps de mettre à jour son dossier sur info-retraite.fr et de prévenir son employeur. Le compte à rebours du 1er septembre 2026 a commencé. Reste à savoir si l’avenir ne réservera pas, comme le craignent plusieurs syndicats, un retour de bâton après la présidentielle.



