Chaque année, en septembre, le même rituel se répète. Et l’investisseur lambda suit presque toujours la même logique : si le nouveau produit d’Apple convainc, les commandes augmenteront, puis le chiffre d’affaires et, par conséquent, presque automatiquement, le cours des actions Apple. Mais cette formule, en apparence parfaite, pourrait cacher une faille que peu de gens remarquent vraiment, et qui pourrait changer la donne concernant l’un des titres les plus appréciés de l’histoire récente de Wall Street.

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Revenons un peu en arrière. Le premier iPhone, lancé en 2007, a popularisé la technologie de l’écran tactile plusieurs années après son introduction technique, réussissant là où d’autres avaient échoué avant lui. Quiconque aurait décidé, hypothétiquement, d’investir 1 000 € dans des actions Apple à ce moment-là pourrait aujourd’hui se retrouver avec une somme qui, selon des estimations approximatives basées sur l’évolution historique du titre, pourrait avoisiner les 70 000 €, dividendes non compris.

A noter : ce chiffre, il faut le préciser, reste purement indicatif et ne constitue en aucun cas une prévision ou une promesse de rendement futur. Il s’agit d’un exercice utile uniquement pour comprendre l’ordre de grandeur de ce qu’une innovation réussie peut générer au fil du temps sur une action.

Apple semble miser sur le même schéma avec son premier smartphone pliable : le Duo. L’entreprise pourrait réitérer ce succès dans un format qui, malgré des années d’efforts de la part de Samsung et de ses rivaux chinois comme Huawei, est resté jusqu’à présent un produit de niche, n’ayant jamais vraiment décollé à grande échelle.

Et c’est là que surgit la question dérangeante : si les vingt prochaines années devaient reproduire le même schéma, ces mêmes 1 000 € investis aujourd’hui pourraient, en théorie, se transformer en une autre somme importante d’ici deux décennies. Mais attention : ce parallèle pourrait s’avérer être un piège cognitif, et non une certitude mathématique. Le passé, aussi évocateur soit-il, n’offre aucune garantie quant à l’avenir, et raisonner par analogies simplistes est probablement l’une des erreurs les plus courantes chez les investisseurs particuliers.

Une nouveauté qui n’en est pas vraiment une

Le concept de smartphone pliable existe depuis des décennies, mais c’est au fabricant chinois d’écrans Royole qu’il revient d’avoir été le premier, en 2018, à lancer un appareil de ce type : le FlexPai.

Apple ne s’aventurerait donc pas en terrain inconnu. Elle s’engagerait sur un marché où beaucoup auraient déjà tenté leur chance et où beaucoup auraient déjà échoué à convaincre le grand public de changer ses habitudes d’utilisation. Et la question que beaucoup se posent est légitime : si d’autres fabricants se sont lancés dans l’aventure des appareils pliables sans vraiment percer, pourquoi Apple réussirait-elle là où d’autres ont échoué ?

C’est le genre de question qui, si elle est ignorée, pourrait conduire de nombreux investisseurs à surestimer les chances de succès d’un produit simplement parce qu’il est lancé par une marque historiquement gagnante.

Le mécanisme caché des attentes

C’est là qu’intervient le véritable risque, celui qui concerne directement la Bourse. Lorsque les attentes du marché concernant un titre sont très élevées, comme semblent l’être celles qui entourent le lancement du smartphone pliable d’Apple, le cours de l’action a tendance à anticiper ce succès avant même qu’il ne se concrétise. En substance, les investisseurs achèteraient aujourd’hui un avenir qu’ils attendent pour demain, en intégrant dans le cours actuel une croissance qui doit encore faire ses preuves dans les faits.

Le problème se pose lorsque la réalité ne correspond pas à ces attentes. Si les chiffres de vente réels s’avéraient inférieurs à ce que le marché avait déjà intégré dans les cours, la réaction typique ne serait pas une simple stagnation, mais une véritable chute, souvent disproportionnée par rapport à l’ampleur de la déception elle-même. C’est le revers de la médaille de toute hausse fondée sur l’optimisme : plus les attentes augmentent, plus la marge de déception s’élargit, et plus la correction qui s’ensuit risque d’être violente.

Ce mécanisme, connu des analystes sous le nom d’effet d’anticipation, expliquerait pourquoi de nombreuses entreprises technologiquement solides ont vu leur cours s’effondrer même face à des résultats objectivement positifs, simplement parce qu’ils n’étaient « pas assez positifs » par rapport à ce que le marché avait déjà anticipé. Ce n’est pas le résultat en soi qui compte, mais l’écart par rapport à ce qui avait été promis, ou plutôt, supposé.

Faut-il vraiment s’y attendre ?

Certaines estimations du secteur suggèrent que l’entrée d’Apple sur le marché des smartphones pliables pourrait accélérer la croissance globale de ce segment : les livraisons de smartphones pliables pourraient augmenter de près de 30 % cette année, contre une baisse estimée à environ 1,4 % pour les smartphones traditionnels.

Sur le papier, donc, le tableau semblerait favorable. Mais dans la pratique, si ces attentes ne devaient pas se confirmer par les chiffres réels, le scénario pourrait rapidement s’inverser, transformant l’enthousiasme initial en l’une des baisses les plus commentées de l’histoire récente du titre. En finance, l’écart entre la théorie et la pratique est souvent le point exact où se produisent les fluctuations les plus brutales.

Tout cela ne se traduira pas nécessairement par un problème pour ceux qui détiennent ou envisagent d’intégrer Apple dans leur portefeuille. L’histoire de l’entreprise a déjà démenti plus d’un scénario négatif, et pourrait bien le faire à nouveau.

Ce qu’il convient de faire, le cas échéant, c’est de regarder au-delà de l’enthousiasme suscité par le lancement de septembre et de se demander si le prix que le marché paie déjà aujourd’hui reflète un succès qui reste à prouver, ou une certitude qui, tout bien considéré, n’existe peut-être pas encore. Comme toujours, la différence entre un investissement réfléchi et un investissement impulsif réside précisément dans cette question, aussi simple que dérangeante.

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