Fondée en 1988, la Nef a longtemps cultivé une singularité : financer des projets écologiques et sociaux sans jamais proposer de carte de paiement. C’est terminé. La coopérative lyonnaise vient de lancer une nouvelle version de son compte Nef Pro, facturée 35 euros par mois, avec carte bancaire physique et cartes virtuelles. Une petite révolution interne pour un établissement qui revendique 91 170 clients et 1,16 milliard d’euros d’épargne collectée.

Pourquoi un tel retard ?

La réponse tient en un mot : l’indépendance. Pendant des décennies, la banque éthique Nef a fonctionné sous l’aile du Crédit Coopératif, sans autonomie technique ni décisionnelle complète. Sa levée de fonds de 2023, puis son autonomie bancaire acquise fin 2024, ont levé les derniers verrous.

Les premiers comptes pro avaient pourtant vu le jour dès le 8 mars 2016, mais sans moyen de paiement. Les clients devaient donc conserver un second compte dans une banque classique pour régler leurs dépenses courantes. Un paradoxe pour un établissement qui promet un circuit court de l’argent.

« Proposer une carte bancaire peut sembler banal. Pour la Nef, c’est un changement de dimension », reconnaît Ivan Chaleil, président du directoire, qui parle du « premier aboutissement de notre indépendance ».

Ce que contient l’offre Nef à 35 euros par mois

Le compte s’adresse aux TPE, PME, associations, commerçants et entrepreneurs individuels. Au menu : virements SEPA 24h/24, enregistrement des RIB par reconnaissance optique, gestion des notes de frais, accès partagé entre collaborateurs et connexion aux logiciels de comptabilité. Une télétransmission EBICS est proposée en option pour les structures plus exigeantes.

Côté calendrier, les 3 500 professionnels déjà clients sont servis en premier : ils seront contactés cet été pour basculer vers la formule avec carte. Les nouveaux venus devront patienter jusqu’à l’automne 2026, avec une pré-inscription possible dès maintenant. Rappelons qu’un micro-entrepreneur n’est pas toujours contraint de s’équiper : l’ouverture d’un compte pro ne devient obligatoire qu’au-delà de 10 000 euros de chiffre d’affaires sur deux années consécutives.

Un pari sur un marché où les fintechs vacillent

Le moment est bien choisi. Le Crédit Agricole vient de fermer Blank, sa banque en ligne pour les pros, et les néobanques peinent à fidéliser une clientèle d’entreprise qui a besoin de crédit autant que de cartes.

La Nef, elle, arrive avec un bilan tangible : 504 projets financés en 2025 pour 179 millions d’euros prêtés, et 1,4 milliard d’euros débloqués depuis sa création au profit de 8 000 projets écologiques, sociaux ou culturels. Sa promesse : une trésorerie qui ne finance ni énergies fossiles ni armement, chiffres publiés à l’appui chaque année.

Le tarif, en revanche, ne joue pas la séduction. À 35 euros mensuels, soit 420 euros par an, l’offre coûte plus cher que la plupart des néobanques. Avant de signer, mieux vaut donc comparer et savoir quelle banque choisir quand on est professionnel, selon ses volumes d’encaissement et ses besoins de financement.