L’euro vaut aujourd’hui environ 0,92 franc suisse. Lors de l’introduction de la monnaie unique européenne, le taux de change dépassait 1,60 franc. Depuis lors, on assiste à un déclin lent mais constant qui, selon certains experts, pourrait ne pas être encore terminé. Au contraire, dans les prochains mois, la monnaie européenne pourrait descendre sous un seuil jamais atteint auparavant.

francs suisse

C’est Thomas Stucki, responsable des investissements à la Banque cantonale de Saint-Gall, qui a lancé cette prévision.

« Le taux de change par rapport au franc passera sous la barre des 0,90. La question n’est pas de savoir si cela va se produire, mais quand », a-t-il déclaré.

Une prévision sans équivoque qui s’ajoute à celles formulées par d’autres établissements financiers. Raiffeisen, par exemple, estime également que l’euro pourrait atteindre 91 centimes de franc d’ici la fin de 2026, marquant un nouvel affaiblissement par rapport aux niveaux actuels.

Au cours des derniers mois, le taux de change a déjà frôlé la barre des 0,90 lors des tensions géopolitiques liées au conflit en Iran. Dans le même temps, le franc suisse continue de se renforcer : au cours des douze derniers mois, il s’est apprécié de près de 15 % par rapport au dollar et reste proche de ses plus hauts historiques face à l’euro. Plusieurs facteurs expliquent la vigueur de la monnaie helvétique : la stabilité politique de la Suisse, une inflation extrêmement modérée et une dette publique parmi les plus faibles des économies avancées.

Pourquoi l’euro perd du terrain ?

Jeudi 11 juin, la Banque centrale européenne se réunira pour statuer sur les taux d’intérêt. Une hausse de 25 points de base, le taux passant de 2 % à 2,25 %, est considérée par de nombreux analystes comme un scénario probable. En mai, l’inflation dans la zone euro a atteint 3,2 %, son plus haut niveau depuis septembre 2023, principalement sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie suite aux tensions dans le détroit d’Ormuz.

Pour 2026, toutefois, la croissance économique de la zone euro est estimée à environ 0,8 %, un chiffre jugé très faible. Une hausse des taux dans un contexte de croissance aussi limitée risque de freiner davantage l’économie sans résoudre complètement le problème de l’inflation. Une banque centrale qui resserre les conditions financières alors que l’économie ralentit ne constitue pas un scénario particulièrement favorable pour les investisseurs, et cela pourrait continuer à peser sur la monnaie.

Au-delà de la conjoncture économique, M. Stucki identifie également certains problèmes structurels de la monnaie unique. Les écarts économiques entre les pays membres restent importants et la discipline budgétaire est souvent appliquée de manière inégale. À cela s’ajoutent la complexité du processus décisionnel de la BCE, les pressions politiques et les fréquents débats internes. Il en résulte, selon l’expert, une monnaie qui a tendance à souffrir davantage en période d’incertitude.

Chaque fois que le contexte géopolitique ou économique se détériore, les investisseurs se tournent vers des valeurs refuges. Dans ces contextes, le franc suisse continue d’être considéré comme l’une des devises les plus sûres au monde et bénéficie régulièrement d’importants flux de capitaux.

Qu’est-ce que cela change pour les citoyens ?

Mais qu’est-ce que cela change concrètement pour les citoyens ? Les effets se font surtout sentir pour ceux qui passent leurs vacances en Suisse, pour ceux qui achètent des produits auprès de fournisseurs suisses ou pour les frontaliers français qui travaillent en Suisse et convertissent leur salaire en euros.

La situation est en revanche moins favorable pour les entreprises qui exportent vers la Suisse, car un franc très fort peut peser sur les équilibres commerciaux.

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