Coïncidence ou clin d’œil assumé ? En 2019, BoursoBank avait fait taire Brad Pitt dans un spot resté célèbre, avec ce slogan moqueur : « Nous n’avons pas besoin que Brad Pitt recommande BoursoBank ». Ce mardi 12 mai 2026, c’est au tour de Trade Republic de planter la star hollywoodienne face caméra, là encore sans qu’il ne prononce un mot. Deux campagnes, deux époques, un même acteur de 62 ans, et surtout deux banques numériques qui se disputent la même cible : les épargnants européens fatigués de leurs frais bancaires.

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Un spot minimaliste à l’allemande pour la « plus grande campagne » de Trade Republic

Pièce noire, fauteuil unique, veste de cuir, regard fixe : Brad Pitt entre, s’assoit et se tait. Une voix off féminine déroule à sa place le triptyque produit de la néobanque berlinoise : compte courant rémunéré, carte gratuite, investissement à partir d’1 euro. Le spot se conclut sur une seule question : « Que vous rapporte votre banque ? ».

La campagne, signée en interne, est diffusée dès aujourd’hui à la télévision, sur les plateformes de streaming et tous les canaux numériques européens. Trade Republic la présente comme la plus importante de son histoire.

« La majorité des Européens sont encore clients de banques qui facturent des frais trop élevés et proposent des taux d’intérêt trop faibles », justifie Christian Hecker, cofondateur du groupe, cité dans le communiqué officiel.

Avant Brad Pitt, la néobanque avait déjà testé la carte du testimonial avec le rappeur allemand Luciano. Le passage à un visage international marque clairement un changement d’échelle.

La vidéo du spot Trade Republic x Brad Pitt

Le clin d’œil involontaire à BoursoBank et son Brad Pitt muet de 2019

En octobre 2019, BoursoBank avait sorti exactement le même atout de sa manche. Brad Pitt déambulait alors dans les rues de New York, micro coupé, dans un spot signé par l’agence Buzzman. Coût total de l’opération à l’époque : entre 5 et 6 millions d’euros, cachet de l’acteur compris. La banque avait préalablement recalé George Clooney et Leonardo DiCaprio avant d’obtenir le oui de Brad Pitt.

Le slogan de l’époque – « Nous n’avons pas besoin que Brad Pitt recommande BoursoBank » – sonne aujourd’hui comme une prémonition. Sept ans plus tard, une autre banque numérique reprend le même acteur, le fait taire à nouveau, et lui adresse la question implicite que tout client devrait poser à son agence : combien me rapporte ma banque ?

Trade Republic n’évoque évidemment pas cet héritage dans son communiqué. Le montant payé à Brad Pitt n’a pas été communiqué non plus.

3 % pour les nouveaux clients : l’offre derrière le glamour

Derrière la com’, il y a une bataille commerciale très concrète. Trade Republic en profite pour relever la rémunération de son compte courant de 2 % à 3 % brut, mais réserve ce taux aux nouveaux clients uniquement. Les anciens, eux, devront parrainer : trois mois à 3 % par filleul, plafonné à 12 mois.

Le 3 %, ce n’est pas un chiffre tombé du ciel. Trade Republic avait déjà manié la même arme entre 2023 et 2024, en proposant jusqu’à 4 % d’intérêt sur les liquidités non investies, profitant à plein de la phase de hausse des taux directeurs de la BCE. Le procédé avait permis à la néobanque de capter des centaines de milliers de nouveaux comptes en quelques mois.

L’arme se manie avec prudence côté épargnant : le 3 % est promotionnel, le taux « de base » reste indexé sur le taux de dépôt de la Banque centrale européenne, soit 2 % actuellement. Pour un comparatif complet entre les différentes offres du marché, vous pouvez consulter notre comparatif des meilleures banques en ligne.

Une décacorne allemande qui pèse 150 milliards d’euros

Pourquoi un tel investissement publicitaire ? Parce que Trade Republic n’est plus une simple start-up. Lancée à Berlin en 2015, la fintech revendique aujourd’hui plus de 10 millions de clients dans 18 pays européens et près de 150 milliards d’euros d’actifs sous gestion. En décembre 2025, elle a atteint une valorisation de 12,5 milliards d’euros, devenant la « décacorne » la plus chère d’Allemagne.

En France, la maison fête en ce moment ses cinq ans de présence. Arrivée comme courtier en ligne début 2021, elle a obtenu en janvier 2025 son IBAN français et lancé le premier Plan d’Épargne en Actions sans frais sur les plans d’épargne programmés – nous en parlions dans cet article dédié. La succursale française est supervisée par l’ACPR et l’AMF, l’entité allemande l’étant par la BaFin. Trade Republic revendique 1 million de clients dans l’Hexagone, son deuxième marché derrière l’Allemagne et ses 5 millions de comptes.

La concurrence ne reste pas les bras croisés. L’autrichien Bitpanda a lui aussi misé sur Hollywood en 2026 avec un autre double oscarisé, Christoph Waltz, qui fête ses 70 ans cette année. La course aux investisseurs particuliers européens passe désormais par le tapis rouge.

Reste la question que pose la voix off de Trade Republic, et que chaque épargnant ferait bien de se poser un dimanche soir, sans Brad Pitt à côté : « combien rapporte vraiment votre banque sur votre compte courant ? »