
Plusieurs entreprises ont tenté d’automatiser certains processus en supprimant la composante humaine et en confiant tout à des outils basés sur l’intelligence artificielle, avant de faire marche arrière lorsqu’elles se sont rendu compte que le contrôle humain doit toujours être présent si l’on veut éviter les problèmes. Il ne fait aucun doute que, dans certains secteurs, l’intelligence artificielle remplacera une partie du travail humain, et ce sont précisément les personnes qui travaillent dans ces secteurs qui devront se spécialiser, élargir leurs compétences et trouver de nouveaux débouchés.
Etat des lieux
Dans le monde du travail, aujourd’hui, presque tout le monde utilise l’intelligence artificielle pour se faire aider dans ses tâches. Selon une étude menée auprès de 2 500 salariés, 39 % ont déclaré que l’intelligence artificielle les rendait moins intelligents, 41 % estiment qu’elle nuira à leurs perspectives de carrière à long terme et 30 % ont affirmé ne plus pouvoir faire leur travail sans elle.
Ces données révèlent une forte dépendance des individus à l’égard de l’intelligence artificielle, mais aussi, dans le même temps, une inquiétude généralisée : l’utilisation massive de cette technologie pourrait rendre les personnes moins autonomes, car elle risque de réduire leur capacité à raisonner, à analyser et à prendre des décisions sans aide extérieure. Malgré cette inquiétude, cependant, nombreux sont ceux qui admettent ne plus pouvoir s’en passer.
Il est évident que nous sommes désormais à un tournant. L’intelligence artificielle s’est imposée avec force dans nos vies et n’est pas près de disparaître. La combattre n’est pas une solution, pas plus que de lui confier entièrement sa carrière. Les travailleurs qui réussiront seront ceux qui apprendront à utiliser l’intelligence artificielle comme un partenaire et non comme un substitut. Il s’agit là d’une étape fondamentale.
Il existe trois habitudes spécifiques qui peuvent aider à cohabiter avec l’intelligence artificielle sans la subir ni la combattre. Les voici.
Trois habitudes à adopter pour cohabiter avec l’intelligence artificielle au travail
La première chose à faire est de garder à l’esprit le nombre de fois où nous utilisons l’intelligence artificielle au cours d’une semaine, notamment dans le cadre professionnel. L’une des raisons pour lesquelles de nombreux travailleurs estiment que l’intelligence artificielle érode leurs compétences est qu’ils sont poussés à l’utiliser, que la tâche l’exige réellement ou non. 60 % des travailleurs interrogés ont déclaré se sentir sous pression pour utiliser l’IA afin d’augmenter leur productivité.
Si elle n’est pas maîtrisée, cette pression peut se transformer en mauvaise habitude. Un bilan hebdomadaire peut aider à briser ce cercle vicieux. Il est important de noter chaque tâche que l’on décide de déléguer à l’intelligence artificielle et, en fin de semaine, de consacrer dix minutes à réfléchir à la manière dont elle a été utilisée. Il faut se poser deux questions : cela a-t-il vraiment amélioré le résultat ? Aurais-je pu effectuer cette tâche moi-même ?
Au lieu de supprimer complètement l’intelligence artificielle, il faut s’attacher à l’utiliser pour les tâches où elle peut réellement apporter une valeur ajoutée et faire gagner du temps, tout en évitant d’externaliser des activités que l’on pourrait facilement réaliser soi-même.
La deuxième habitude consiste à s’attaquer personnellement aux tâches les plus difficiles. 70 % des personnes interrogées ont admis utiliser l’intelligence artificielle à mauvais escient pour des activités délicates ou à haut risque, qui requièrent de l’intelligence émotionnelle, du bon sens, la gestion de conversations difficiles ou une capacité à prendre des décisions.
Avant de confier une tâche complexe à l’intelligence artificielle, il est bon de prendre un instant pour essayer de la résoudre soi-même. Rédiger un premier jet, formuler une idée, réfléchir en profondeur. L’intelligence artificielle peut être utilisée pour tester, corriger ou perfectionner ce travail, mais elle ne devrait pas être chargée de le construire à partir de zéro. Il est important que l’idée vienne toujours de la personne, que ce soit l’être humain qui fournisse les données à l’intelligence artificielle, et non de déléguer tout le travail à la machine.
La troisième habitude consiste à développer des compétences que l’intelligence artificielle n’est pas en mesure de reproduire intégralement. Les employés ont cité, parmi les compétences les plus importantes dans un environnement de travail guidé par l’IA, la pensée créative et la capacité de jugement. Ce sont ces qualités qui distingueront les travailleurs qui réussiront de ceux qui sont voués à stagner.
C’est pourquoi il peut être utile de choisir l’un de ces domaines à développer chaque trimestre. Si vous travaillez en contact direct avec les clients, vous devez vous mettre dans des situations qui exigent d’interpréter l’ambiance ou de gérer les désaccords sans scénario prédéfini. Si, en revanche, vous occupez un poste plus analytique, il est important de vous entraîner à formuler et à défendre votre point de vue avant de prendre en compte l’opinion d’autrui ou les suggestions d’un chatbot basé sur l’intelligence artificielle.
L’objectif n’est pas de rejeter l’intelligence artificielle, mais d’apprendre à l’utiliser sans perdre ce qui rend le travail humain véritablement compétitif : le jugement, la créativité, la responsabilité et la capacité de choisir.



