
Un barème kilométrique qui n’a pas bougé depuis trois ans
Le barème kilométrique sert aux salariés qui renoncent à l’abattement automatique de 10 % pour déclarer leurs frais réels. Il couvre l’usure de la voiture, l’entretien, les pneus, l’assurance et le carburant. Une seule grille pour tout le monde, calculée selon la puissance fiscale et les kilomètres parcourus.
Le hic : cette grille est restée identique pour les revenus de 2025. Au printemps, le député Vincent Descoeur dénonçait déjà dans l’hémicycle un barème gelé depuis 2022. Pendant ce temps, les prix à la pompe tournent autour de 2 euros le litre depuis la fermeture du détroit d’Ormuz.
Ce que changeraient 10 % sur votre feuille d’impôt
Le texte a d’abord été adopté en commission des finances le 7 octobre, puis en séance le 15 octobre. Il est porté par l’ensemble du groupe Ensemble pour la République. Son raisonnement tient en une ligne : le carburant pèse environ un tiers du coût kilométrique d’une voiture. Une hausse de 30 % à la pompe justifierait donc 10 % de plus sur le barème. La mesure viserait les revenus 2026, à reporter sur la déclaration de revenus du printemps 2027.
Prenons un salarié qui roule 12 000 km par an avec une 5 CV. Avec la grille actuelle, il déduit 5 679 €. Avec la majoration, il passerait à 6 247 €, soit 568 € de revenu imposable en moins. Dans la tranche à 11 %, l’économie d’impôt tourne autour de 60 €. Dans la tranche à 30 %, elle approche 170 €.
Le précédent barème 2022 donne un ordre de grandeur. Le gouvernement annonçait alors 150 € de gain moyen pour 2,5 millions de foyers.
Pourquoi le gouvernement préfère son chèque indemnité carburant ?
En séance, le ministre des Comptes publics David Amiel a demandé le retrait de l’amendement. Son argument est court :
« Beaucoup d’incertitudes subsistent concernant les prix des carburants. »
L’exécutif mise sur des aides ciblées plutôt que sur une niche fiscale. L’indemnité carburant de 100 € a été prolongée jusqu’au 31 décembre et ouverte à 5,5 millions d’actifs modestes potentiels. Les premiers versements automatiques arrivent ce 16 octobre. Côté entreprises, le plafond de la prime carburant défiscalisée doit passer de 600 à 1 000 €.
La logique est aussi sociale. Le barème kilométrique ne profite qu’aux foyers imposables qui optent pour les frais réels. Et plus leur tranche d’imposition est élevée, plus ils y gagnent. L’indemnité, elle, vise des revenus modestes, souvent peu ou pas imposés.
Dernier obstacle : le calendrier. Près de 80 amendements ont été votés en trois jours de débat. Si le budget se termine, comme l’an dernier, par un 49.3, c’est le gouvernement qui choisira les mesures conservées. Celle-ci a peu de chances d’en faire partie…



