À Wall Street, la saison des résultats trimestriels a déclenché ce que les analystes appellent la « confrontation » sur les dépenses d’investissement (capex) consacrées à l’intelligence artificielle. Meta a enregistré un chiffre d’affaires de 60,8 milliards de dollars (+28 %), mais le titre a perdu environ 8 % : les prévisions d’investissement ont été revues à la hausse à 130-145 milliards (contre 125-145 auparavant) et les marges se sont resserrées.

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Apple, qui a opté pour la rigueur en matière de dépenses, a repris à Nvidia la couronne de la société la plus capitalisée au monde. Le message du marché a changé : après trois années où il suffisait de croître, ce qui compte désormais, c’est la manière dont on croît, avec combien de trésorerie et quel niveau d’endettement.

Les dépenses agrégées des géants de la tech en IA sont en passe d’atteindre 660 milliards de dollars en un an, en nette hausse par rapport aux quelque 380 milliards de l’exercice précédent, et le marché a commencé à exiger de voir les chiffres d’affaires avant de continuer à financer cette promesse.

La BCE, le 23 juillet, a maintenu ses taux inchangés après la hausse de juin, avec un ton « faucon », tandis que le marché anticipe une nouvelle hausse possible en septembre. Le Brent, après la recrudescence du conflit entre les États-Unis et l’Iran à la mi-juillet, oscille entre 88 et 91 dollars, le détroit d’Ormuz étant à nouveau sous pression.

Par rapport à il y a un mois, deux choses ont changé : le pétrole n’est plus un risque « derrière nous », il est redevenu un facteur déterminant ; et le marché récompense ceux qui génèrent des liquidités, et non ceux qui promettent une croissance future financée par l’endettement.

Comment interpréter les titres du mois d’août ?

Il ne s’agit pas d’une liste de titres à acheter, mais d’entreprises qu’il faut comprendre avant de se décider. Quatre facteurs aident à y parvenir.

1. Qu’est-ce qui est déjà pris en compte dans le cours ?

Avec la Bourse de Paris à des niveaux records et les valeurs bancaires ayant enregistré une hausse à deux chiffres rien qu’au mois de juillet, le risque numéro un est d’arriver trop tard.

Les multiples élevés ne sont pas un problème en soi : ils le deviennent lorsqu’ils intègrent déjà des années de croissance, car il suffit d’une prévision inférieure aux attentes pour faire baisser le titre. Le signal le plus utile provient des résultats trimestriels : les entreprises les plus solides sont celles qui tiennent le coup même après des résultats bons mais pas exceptionnels.

2. Les marges et pas seulement le chiffre d’affaires

Une entreprise qui augmente son chiffre d’affaires en réduisant ses marges est plus fragile qu’une autre qui croît peu mais augmente ses prix sans perdre de clients.

3. La trésorerie

Une entreprise qui génère des liquidités chaque trimestre peut réinvestir, distribuer des dividendes ou racheter ses propres actions, et résiste aux périodes difficiles sans dépendre des banques. C’est exactement le profil que le marché récompense actuellement.

4. Un seul risque à la fois

Les titres les plus exposés aujourd’hui dépendent d’un seul facteur : les dépenses d’investissement dans l’IA, le détroit d’Ormuz ou les taux d’intérêt. Mieux vaut privilégier celles qui ne cumulent pas tous ces risques.

Les titres à surveiller en août

suivi cours actions

Ce qui suit n’est pas un classement, mais plutôt une manière de regrouper les titres en fonction du moteur qui les anime (taux, pétrole, réarmement, valeurs défensives, IA) afin de voir immédiatement sur quoi on mise.

Énergie : Eni

Le pétrole, que l’on croyait « derrière nous » en juin, est revenu sur le devant de la scène. Eni en a profité : bénéfice net ajusté plus que doublé au deuxième trimestre à 2,33 milliards (+106 %), production à 1,79 million de barils équivalents par jour, rachats d’actions en hausse de 20 % à 3,4 milliards et hypothèse d’un dividende exceptionnel en octobre. Le PDG a revendiqué une croissance nettement supérieure à celle prévue par les prévisions de prix.

La logique est à l’opposé de celle d’il y a un mois : avec le détournement du détroit d’Ormuz à nouveau d’actualité, l’exposition en amont devient un atout, et non un risque à éviter. Le point faible reste le même : la dépendance au pétrole brut joue dans les deux sens, et une éventuelle trêve durable ferait redescendre le Brent.

Les valeurs défensives à l’abri des trois risques : Roche et Nestlé

Lorsque le marché est influencé par les dépenses d’investissement dans l’IA, les taux d’intérêt et le pétrole, il est judicieux de se tourner vers les entreprises qui sont pratiquement indépendantes de ces trois facteurs.

La société suisse Roche Holding AG a clôturé le premier semestre avec un chiffre d’affaires en hausse de 6 % à taux de change constants (30,4 milliards de francs) et un résultat opérationnel de base en hausse de 10 % — la rentabilité progresse plus rapidement que le chiffre d’affaires, grâce à la puissance habituelle de la industrie pharmaceutique en matière de fixation des prix.

Prévisions confirmées. Le risque ici n’est pas macroéconomique mais spécifique, lié aux molécules individuelles et à la pression sur les prix des médicaments aux États-Unis ; la force du franc pèse sur les chiffres publiés.

Nestlé reste une valeur défensive du secteur de la consommation, mais avec une note de réalisme. Au cours du semestre, la croissance organique est remontée à 3,6 % et le flux de trésorerie a augmenté, mais le résultat net a baissé en raison des coûts de restructuration et des dépréciations, et le groupe a averti qu’au second semestre, les coûts de transport et d’énergie liés au conflit au Moyen-Orient pèseront sur les marges. Même les valeurs les plus défensives, en somme, ne sont pas totalement à l’abri du choc pétrolier. Les prévisions annuelles sont toutefois confirmées.

Le seul pari sur l’IA : ASML

Si l’on souhaite s’exposer au secteur des semi-conducteurs, ASML est le choix le plus défendable : quasi-monopole sur les machines de lithographie, un chiffre d’affaires de 9,3 milliards au deuxième trimestre avec une marge brute de 54 % et des prévisions pour 2026 revues à la hausse à 43-45 milliards (contre 36-40 indiqués en avril), avec une visibilité sur les commandes jusqu’en 2027-2028.

Ici cependant, la question de la valorisation pèse plus qu’ailleurs, d’ailleurs, le titre a progressé d’environ 65 % depuis le début de l’année et se situe près de ses plus hauts, faisant partie du premier groupe européen dépassant les 700 milliards de dollars de capitalisation boursière. Des fondamentaux excellents, mais une grande partie de la croissance est déjà intégrée dans le cours, et il reste l’exposition au sentiment général concernant les puces électroniques. À pondérer dans le portefeuille, pas à surpondérer.

Le fil conducteur n’est pas « acheter des actions », mais comprendre de quoi dépend chaque titre et se rappeler que, la Bourse de Paris étant à des niveaux records, le risque le plus concret aujourd’hui n’est pas de choisir la mauvaise entreprise, mais d’entrer au mauvais moment.

Avertissement : Cet article est publié à titre purement informatif et ne constitue pas un conseil en investissement au sens des articles L. 321-1 et D. 321-1 du Code Monétaire et Financier, et ne sauraient remplacer un conseil personnalisé prodigué par une personne habilitée à la suite d’une étude approfondie des besoins de son client. Les cotations et les données mentionnées sont à jour à la fin du mois de juillet 2026 et peuvent évoluer rapidement.

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