Sortir une carte bancaire de son portefeuille, la reconnaître, payer sans hésiter. Pour 1,7 million de personnes déficientes visuelles en France, ce geste banal relève parfois du casse-tête. Depuis janvier 2026, les Banques Populaires et les Caisses d’Épargne y répondent avec une nouveauté discrète : deux caractères en braille gravés sur la face avant de chaque nouvelle carte.

Une obligation européenne en toile de fond

L’initiative ne tombe pas du ciel. Depuis le 28 juin 2025, une directive européenne, baptisée European Accessibility Act, impose aux banques de rendre leurs services accessibles aux personnes en situation de handicap. Sites, applications, terminaux de paiement : tout le parcours bancaire est concerné. La carte physique, elle, n’entrait pas formellement dans le texte. Le groupe BPCE est donc allé un cran plus loin que la loi et présente sa carte braille comme une véritable première en France.

Le calendrier a son importance. Les établissements financiers européens avancent tous sur ce terrain, sous la pression d’une régulation qui se durcit. Choisir d’ajouter du braille sur un bout de plastique de 8,5 centimètres, là où aucune règle ne l’exigeait, en dit long sur la direction prise par le secteur.

De l’encoche au braille : deux ans pour combler un manque

Reprenons le fil. En 2025, une première encoche latérale était apparue sur les cartes du groupe BPCE. Pratique pour distinguer au toucher une carte de paiement d’une carte de fidélité ou de transport. Mais cette encoche butait sur une limite : impossible de différencier deux cartes bancaires entre elles.

Or, qui ne possède aujourd’hui qu’une seule carte ? Carte de débit, carte de crédit, carte personnelle, carte commune du foyer, carte d’une autre banque… Le portefeuille moyen en compte plusieurs, qui se ressemblent toutes une fois les yeux fermés. C’est exactement ce vide que le braille vient combler. Le code reste volontairement court :

Deux lettres, lisibles instantanément. De quoi éviter la mauvaise pioche en caisse ou le réflexe malheureux de dégainer la carte professionnelle au lieu de la carte perso.

Près de 280 000 clients directement concernés

Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu. Sur les 1,7 million de personnes déficientes visuelles que compte le pays, le groupe estime qu’environ 280 000 sont ses propres clients. Et la cible déborde le seul handicap visuel : 1,5 million de clients du groupe BPCE ont plus de 75 ans, une tranche d’âge où repérer une carte au toucher devient vite plus reposant que de plisser les yeux sur un logo.

Pour ces personnes, l’autonomie n’est pas un mot abstrait. C’est payer sa baguette ou retirer 40 euros au distributeur sans avoir à tendre sa carte à un voisin. Le communiqué du groupe le résume bien : il s’agit de choisir la bonne carte « en toute confiance ».

Une carte plus inclusive et plus verte

La démarche s’accompagne d’un autre virage, environnemental celui-là. Depuis 2025, les cartes Banque Populaire et Caisse d’Épargne sont fabriquées en PVC recyclé. Le groupe teste par ailleurs une filière de recyclage des cartes usagées, pour récupérer plastiques et métaux plutôt que de les jeter. Le braille s’inscrit donc dans une vision plus large : repenser un objet du quotidien que l’on sort parfois plusieurs fois par jour sans jamais vraiment le regarder.

Reste une question simple, presque évidente une fois posée : pourquoi avoir attendu 2026 pour graver deux lettres en relief sur une carte que des millions de personnes manipulent les yeux fermés ?